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Les confessions de « LA LISTE ».

Contre l’ennui, l’angoisse et le manque d’inspiration, il existe un remède imparable: LA LISTE.

Rien de plus simple donc, puisqu’il suffit de laisser voguer son esprit et de tenter de ramener les étendues vertigineuses qui l’habitent vers quelque chose de plus concret. Pour ce faire, j’ai choisis de me rappeler de chaque livres dont j’ai achevé la lecture.

Mièvrerie adolescente typique de la blogosphère? Non, il ne s’agit pas ici d’énumérer mes séries  préférées , pratique chère à cette inclination typiquement contemporaine qui consiste à se différencier  des autres en affirmant son  originalité . Mon propos tenderait plutôt ici vers ce qu’on pourrait appeler « La synthèse d’une tranche de vie au travers de la lorgnette des livres ».

J’ai lu donc je suis. Mais qui suis-je?

Un tableau Open Office et de longues minutes à tenter de me souvenir m’ont ainsi permis d’énumérer 242 ouvrages écrit par 117 auteurs issus de 23 pays. Ils ont été lu entre 1982 et 2011.

Par fainéantise, j’ai exclu la centaine de livres dont vous êtes le héros qui à une certaine époque constituait ma seule expérience littéraire.

Les ouvrages sont définis selon 7 genres: science-fiction, fantastique, polar, littérature, histoire, jeunesse, essais.

Voici le petit tableau récapitulatif de ce qui constitue mon aventure livresque à ce jour:

littérature 122
science-fiction 37
polar 33
essai 18
fantastique 17
jeunesse 10
Histoire 3

Evidemment, tout le monde se contrefout de ce premier constat et vous avez tout à fait raison. Ce travail de fourmi cacherait plutôt le trouble obsessionnel compulsif d’une personnalité égo-maniaque qui s’étale et s’épanche sur la Toile.

Peut-être…mais je continue tout de même car les constats suivant, d’où l’intérêt de la liste et de vous en faire part, ont quant à eux brisé le miroir dans lequel je prenais l’habitude de me contempler.

Par exemple, moi qui me croyait totalement acquis aux théories du genre et à l’idée d’une société qui transcenderait les différence sexuelles, voilà que sur les 117 auteurs dont il est ici question, seuls 11 sont des femmes….A 37 ans, n’avoir lu que 11 livres écrit par une femme (et ne jamais s’être posé la question) me semble caractéristique d’une idéologie patriarcale larvée au plus profond des esprits.

Les surprises ne s’arrêtent pas là…

En effet, mes propres choix littéraires confirme l’hégémonie culturelle anglo-saxone. Et pour cause… Sur les 242 ouvrages, l’écrasante majorité (120 livres) ont été écrit en anglais. (90 viennent des Etats-unis, 29 de l’Angleterre et 1 d’Afrique du sud). Consternation. A nouveau, le chantre de l’anti-américanisme que je croyais être se doit de s’incliner devant l’évidence: Nos sommes tous américain! (Du moins, inconsciemment).

Et la diversité culturelle alors? Ce concept que je croyais contre toute attente défendre bec et ongles? On en fait quoi? Et bien, d’après ma chère liste, qui ne laisse pas de me surprendre et qui prend de plus en plus l’allure d’un certificat de conservatisme appliqué, ne figure que 6 livres écrit par un africain ou un afro-américain. (3 d’Haïti, 2 des Etats-Unis et 1 du Congo) et 3 par un arabophone (2 du liban et 1 d’Egypte). Seule l’Amérique du sud me sauve la face: 18 ouvrages sont issus de l’Argentine, du Chili, du Pérou, de la Colombie et du Mexique. Cela reste tout de fois bien maigre pour qui fut tout à la fois alter-mondialiste, indigné et punk de la première heure.

Horreur! Aurais-je de tout temps été de droite sans le savoir ??? Un être culturellement obtus, dépourvu de curiosité et doté d’un instinct grégaire?

Il y a surement une explication:

Tous les ouvrages dont il a été question ici sont ceux dont j’ai achevé la lecture…

Or, bien que je me rappelle pourtant parfaitement des livres d’Henri Corbin et de la symbolique du schiisme ismaélien, d’ Orhan Pamuk et Rabindranath Tagore, d’Herbert Marcuse, d’Hanna Arendt, de l’histoire marxienne d’Eric Hobsbawn et de la poésie libanaise de Gibran, de Simone de Beauvoir, de l’histoire du Frioul, de la sagesse indienne et de la philosophie chinoise, bref, de tout un monde livresque qui n’est pas reflété dans cette satanée liste … il semble bien que de tous ceux là, je ne sois jamais parvenu à achever le moindre ouvrage…

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Zombie!

0y5ki2x7Apparus sur les écrans vers la fin des  années 60’, les morts-vivants, zombies et autres goules nécrophages n’ont cessé de susciter une certaine fascination mêlée d’effroi.  On ne peut désormais plus faire l’impasse sur ce phénomène : oui, les Zombies sont parmi nous !

Qu’il s’agisse d’un film proposant  une énième déclinaison du thème du retour des défunts  (rarement sous leurs meilleurs atours), d’un jeu vidéo où la joie des petits et grands consistera à dégommer un maximum de ces créatures (avec bien sûr  grand renfort de membres tranchés et de crâne fracassés) ou encore d’un obscur fanzine « Underground » qui se devra d’afficher au moins quelques têtes de morts et autres tibias croisés pour afficher sans ambiguïté son affiliation au camp des contestataires (le crâne et sa suite d’ossements  ne sont -il pas le symbole de l’Underground, quel que soit son domaine d’expression ?), le thème du Zombie a fait son chemin et est toujours d’actualité.

Underground ? Littéralement « Sous la terre »? Tiens, tiens. Voilà un rapprochement sémantique évident qui me saute aux yeux alors que j’écris ces lignes. Creusons encore un peu, si  je puis dire, et revenons à nos chères (chair ?) et tendres goules.

Le terme Zombie, pour les profanes, est originaire d’Haïti. Il est largement associé au Vaudou et à l’histoire particulière de cette île des Caraïbes. En effet, Haïti  est non seulement la première nation noire à avoir obtenu l’indépendance mais également la première à avoir officiellement aboli l’esclavage.  On comprend aisément que la figure symbolique de « l’esclave » est intrinsèquement liée à la culture haïtienne ; il n’est donc pas étonnant de la retrouver dans un de ses principaux cultes sous la forme du « zombie »ou « zombi ».

vaudou-5Dans les traditions haïtiennes, le zombi est une personne qui a été ensorcelée par un Hougan , c’est-à-dire un prêtre Vaudou.  L’ensorcellement consiste à administrer à la victime une drogue composée de tetrodotoxine, un puissant poison qui ralenti les fonctions vitales au point de faire passer un individu pour mort. Un fois la personne inhumée, le Hougan n’a plus qu’à  déterrer sa victime et lui administrer un autre poison qui va le priver de sa volonté. (NDLA : Tant que le doute persiste, on comprend mieux pourquoi si peu de personnes  se font incinérer à Haïti). A ce sujet, nous disposons même du témoignage de Clairvius Narcisse, qui dit avoir été un zombi durant 2 années.

On l’aura compris, vrai ou faux, le Zombie n’est autre que la transfiguration de l’esclave dans sa version la plus extrême : un être humain dénuée de toute volonté propre et soumis au bon vouloir de son « Maître ». Mis à part les tragédies qui secouent hélas périodiquement cet état insulaire, la terreur ultime de l’inconscient collectif Haïtien est sans aucun doute ce retour à l’esclavage, cette « Zombification ».

Voilà pour la petite histoire. Passons à présent de Haïti à Hollywood. Nous sommes en 1978 et Georges A. Romero nous livre un film désormais culte : « Dawn of the dead », traduit en français par « Zombie » (oh, surprise !)

Au-delà de l’aspect sanguinolent et terrifiant, du moins pour l’époque, de ce long métrage au scénario basique (les morts reviennent, ils ne sont pas très content et étrangement ils sont devenus cannibales !), le film  aura pu distiller un message contestataire par une scène désormais célèbre, celle où les mort-vivant envahissent un supermarché et où mû par un réflexe limbique, ils empoignent des cadis et déambulent au hasard des rayons.  « Les Zombies sont parmi nous » devient ici «nous sommes tous des Zombies », sans volonté propre, machine à consommer, bref, digne fils d’une société postindustrielle en pleine décadence peuplée par une majorité de morts en sursis  (les consommateurs aveugles) et une minorité de vrai êtres humains (les artistes ? les dévots ?  Les patriotes ? Cela n’est pas précisé dans le film).

zombie1Je vous épargne la longue litanie qui consisterait à énumérer les films du genre : ils sont légions. Aux Etats-Unis, le Zombie Day a même été instauré. Depuis 2005, des rassemblements de fans déguisés en mort-vivant envahissent les villes une fois par an. Fascination morbide ? Performance ? Critique acerbe à peine voilée de notre société ? A chacun de voir. En attendant, si vous voulez casser du Zombie, rendez vous chez Hell’s pizza (http://www.youtube.com/watch?v=9p1yBlV7Ges) , une vidéo interactive vous attends ….

Un livre dont VOUS êtes le héros.

la cite des voleursVingt-cinq ans après le boom des « Livres dont VOUS êtes le héros », ces livres-jeu qui défrayèrent la chronique dans les années 80, les récits intéractifs sont de retour.  Cette fois-ci, c’est sur internet que cela se passe, notamment  sur les sites de  SVH et de Littéraction, qui comprennent pas moins de 145 aventures écrites par des  amateurs (ADVELH en abrégé) grâce à un petit programme fourni sur le site et très simple à utiliser. Un forum spécialisé (Rendez-vous au 1) constitue la pierre angulaire francophone du renouveau de ce type de texte. On y trouve des critiques, des projets collectifs et bien sûr le fameux concours « Yaztromo » qui départage les meilleures ADVELH écrites durant l’année. Bref, pour rendre le genre plus littéraire, quoi de mieux que de le jeter en pâture aux internautes. Dans le lot, il y aura bien quelque chose qui sortira de plus intéressant que la triade « Chevaliers-Magicien-Dragon » qui a fait le succès passé de ces livres.

Pour ma part, j’ai testé le programme en écrivant une ADVELH assez courte et somme toute très banale (Chevalier-magicien-dragon? Oui, vous avez deviné… ) que vous pouvez tester en vous rendant de ce pas sur les terres de Chenara et tenter d’ y déjouer….Le Complot des Princes!

Salaud malgré vous….

Ca n’intéresse probablement personne mais un thème m’a toujours préoccupé: il s’agit de l’idéologie véhiculée, insidieusement ou non, consciemment ou  non, dans la littérature destinée aux plus jeunes.

Je pense évidemment à cette collection « le livre dont vous êtes le héros » puisque c’est elle qui dès l’âge de 10 ans m’a amené à découvrir la lecture.

Si on regarde les quelques 160 titres parus en français entre 1983 et 1995, on constate un dénominateur commun passablement nauséabond : l’apologie de la violence et de la morale guerrière.

Ce qui saute aux yeux dès l’ouverture de la plupart de ces volumes, c’est bien entendu la focalisation sur le « combat », pour une  « bonne » cause bien entendu.

Je ne vais pas me faire plus catholique que le pape et mon propos n’est pas de pourfendre les allusions à la violence qui parsèment les médias destinés aux plus jeunes. Le monde EST violent, et occulter ce constat par des créations littéraires au parfum d’eau de rose serait digne de la plus abjecte propagande.

Mon attention se porte plutôt sur la manière dont cette violence s’articule au sein de ces « livres dont vous êtes le héros », la façon dont elle est présentée, banalisée et justifiée.

Penchons nous sur les titres phares, ceux de la première époque, que nous devons à Steve Jackson et à Ian Livingstone: c’est peut être ceux qui sont le moins sous le feu de mes projecteurs critiques. En effet, l’histoire passe totalement au second plan et n’offre aucun souci de réalisme. Ce n’est qu’une succession de couloirs, de portes, de monstres (à tuer bien entendu) et de trésor à piller.

Au moins, les choses sont claires! Loin d’être intelligent, éducatif dans la mesure où ils ouvrirent une porte (encore une) vers la littérature, ces ouvrages sont plutôt d’innocents « jeux », et bons marchés de surcroit. Certes, la violence est présente mais les ennemis sont tellement désincarnés, dépourvus de toutes profondeurs et d’humanité (gobelin, troll et autre dragon issus tout droit du giron de Tolkien), que finalement ils  constituent un exutoire idéal à la violence juvénile.

Toutefois, au fil du temps, les séries s’affinent et s’étalent parfois sur plusieurs volumes, la continuité du récit renforçant le côté romanesque de la saga.  Cette évolution touche la forme des livres, qui évoluent en termes de jouabilité grâce aux nouvelles règles qui s’ajoutent, mais aussi dans la narration, mieux écrites et plus soucieuse de la cohérence de l’histoire.

Le summum du genre est atteint avec la série « Loup Solitaire », première en terme de vente parmi  les vingt séries publiées, où, n’ayant pas peur des mots, le héros proposé au lecteur n’est autre qu’un para-commando féodal, du genre «membre des forces spéciale version moyen-âge ».

Si le récit gagne en subtilité, en effet beaucoup plus de soin est apporté à la narration, son corollaire qui caractérise tout livre dont vous êtes le héros, c’est-à-dire le « combat », s’affine également et est bien souvent justifié de manière fort douteuse.

Ici commence le festival propagandiste royaliste et conservateur « made in England ».

Les rois sont bien entendu bons et sages et en tant que héros, c’est à vous qu’il incombe de mater toutes velléités qui s’opposerait à ce constat. En effet, c’est bien souvent au service d’un roi que vous mettez votre bras (armé bien entendu) à disposition.

Le patriotisme est bien entendu très présent et il n’est pas rare de lire des passages où le héros que vous incarnez verse une larme à la vue de son cher drapeau. Comme nous les montre les manifestations publiques en Angleterre, les Britanniques tiennent à leur drapeau, l’Union Jack. De la part d’une nation qui étendit son emprise sur le tiers de la terre, ceci expliquerait cela. Passons.

Un autre détail que j’ai découvert dans ces récits : le recours à la torture. Dans le feu de l’action, peut-être pour apporter un peu d' »originalité » au récit, et bien il  est  proposé au lecteur-joueur de tirer les vers du nez, de manière « musclé », à un prisonnier. Voici le passage en question, tiré du livre « Down of the dragons » de Joe Dever : 

« Inconscient, l’homme pend mollement au bout des lourdes chaînes qui relient au mur ses poignets encroutés de sang, et son corps émacié porte des traces évidentes de récentes tortures. Pour le réveiller, le geôlier bedonnant s’empare d’un baquet d’eau croupie dont il lui asperge le visage. Soufflant et crachant, votre assassin présumé reprend ses esprits. (…)-«  C’t un vrai dur, çui –là. Je vous jure que je m’en suis donné de la peine pour y faire cracher le nom du fils de chien qui l’a payé, monseigneur, et je connais mon boulot. Mais rien de rien, j’ai rien pu tirer d’cette foutue tête de bourrique ! » Sur ces aimables paroles, le gros gardien saisit une paire de tenailles dont les longs manches émergent d’un brasero fumant. « P’têt ben qu’vous voudrez essayer de l’faire chanter vous-même, messire ? » dit-il avec un sourire torve en vous tendant les monstrueuses pinces chauffées au rouge. – « Merci bien, mon brave », répliquez-vous. « J’ai bien quelques petites questions à poser à cet homme mais je ne crois pas que cet instrument sera nécessaire. Je préfère utiliser mes propres méthodes. »

 Pas d’inquiétude, ça sera fait proprement : Le défenseur des vieilles traditions que vous incarnez va tout simplement user de ses pouvoirs magiques pour faire parler l’affreux comploteur, histoire de ne pas se salir les mains.  Ou comment justifier la torture avec un cachet politiquement correct…. Ces livres étaient tout de même adressés à des gamins de 10 ans!

A la lumière des valeurs véhiculées dans les jeux vidéo (apologie du militarisme, de la guerre et de la violence) l’exemple ci-dessus est peut-être anecdotique  mais il préfigure un état d’esprit bien ancré dans un conservatisme à peine voilé.

Lorsqu’on sait que Ian Livingstone est devenu en 2000 Docteur honoraire de l’université d’Abertay Dundee pour je cite « Service rendus au monde du jeu vidéo » et qu’en 2006 il est fait membre du très select « Order of British Empire », cela laisse songeur…

Babel Street

 

 

En 1963 Julio Cortazar publie  « Rayuela » (Marelle), un épais roman qui avait la particularité de donner au lecteur le choix de ne pas suivre l’ordre chronologique des pages mais plutôt de sauter de paragraphes en paragraphes selon un autre ordre donné par l’auteur. Ce cheminement, tout en donnant une part plus active au lecteur, lui faisait bénéficier de chapitres supplémentaires. En effet, le livre lu chronologiquement, qui s’arrêtait au deux tiers du roman complet, offrait moins de détails sur les pérégrinations mentales de Horacio Oliveira.et de son double littéraire.

 

En 1967, Raymond Queneau présente son « Conte à votre façon » qui permet au lecteur de construire lui-même sa version du conte en choisissant à chaque étape une des solutions proposée.

 

En 1969, Edward Packard écrit  « Sugarcane Island », un récit d’aventure pour enfant écrit à la deuxième personne où le lecteur pouvait choisir plusieurs options quant au déroulement de l’histoire. Cette interactivité offerte au lecteur n’enthousiasma pas les éditeurs puisqu’il fallut attendre 1976 avant de le voir édité sous le label « Adventure of you ».

 

Devant le succès du concept, d’autres collections mineures (Choose your own adventure, Buffalo Castle, Endless Quest, etc.) virent le jour mais c’est véritablement en 1982 que le genre connu un succès mondial grâce aux anglais Ian Livingstone et Steve Jackson. Leur passion pour les jeux les amena à inclure une dimension  plus ludique à ces récits interactifs en y insérant quelques règles simples nécessitant l’usage de dés. C’est ainsi que naquit en août 1982 « Warlock of the firetop mountain» qui enthousiasma des dizaines de milliers de jeunes adolescent en les initiant pour beaucoup d’entre eux aux mondes imaginaires de l’Heroic-Fantasy en même temps qu’à la lecture.

 

Avec les années 90 on assista à l’expansion de l’industrie des jeux vidéo provoquant par la même la désuétude du « livre-jeu ». Les ventes chutèrent et ces livres finirent par disparaître de la circulation.

Aucun écrivain notable ne reprit en main le concept, jugeant sans doute qu’il était trop lié à la littérature enfantine et pré-adolescente. Pourtant, avec l’avènement d’internet et les possibilités de diffusion intrinsèque qu’il recèle, on aurait pu s’attendre à ce que tôt ou tard, la littérature interactive refasse son apparition.

 

 C’est désormais chose faite avec « 217, Babel Street, an evolving web of stories », le projet du quatuor anglais formé par Susanna Jones, Alison MacLeod, William Shaw et  Jeff Noon.

Le concept du site est simple : Un immeuble avec 20 appartements avec autant de familles, leurs joies, leurs déboires, leur vie. La première page se présente sous la forme d’un tableau à sonnette avec les noms de tous les locataires. On clique au choix sur un nom ou sur la porte d’entrée pour débuter la lecture. 

L’originalité est lié au fait que les 4 auteurs écrivent leurs histoires indépendamment les uns des autres, mais en les reliant entre elles grâce des mots clé faisant office de liens hypertexte. Cette liberté de navigation à travers le récit nous rappelle les livres-jeu auxquels se rajouteraient  la rupture de la lecture linéaire au profit d’une lecture circulaire. En effet, les entrée dans le récit sont multiples, l’histoire est parfois redondante mais cette seconde lecture offre parfois de nouvelles perspectives inattendues.

 

Où cela conduira-t-il ? Tout dépend du bon usage du médium « hypermédia » mais le concept semble prometteur et souligne que la littérature peut se prévaloir d’un nouvel allié technologique dans l’élaboration et la conception de nouvelles formes de diffusion. Si le média EST le message, comme le souligne Marshall  MacLuhan, alors nous sommes peut être devant une nouvelle mise en forme des idées. 

Tarnation

« Tarnation » (littéralement « damnation éternelle ») est le titre peu conventionel d’un documentaire qui l’est encore moins. Il s’agit du récit autobiographique de Jonatan Caouette qui au travers d’un patchwork de médias allant du film aux photos en passant par les enregistrements audio nous retrace sa vie mouvementée.

Une famille de la middle-class du Texas dans les années 80′  constitue le contexte du récit.  C’est dans cet environnement que Jonatan va connaître la douleur, et aussi apprendra à l’exorciser.  Dès sa petite enfance, il est arraché à sa mère jugée malade mentale. Il subira deux années durant les mauvais traitements de sa famille d’accueil avant d’être élevé par ses grands-parents. 

Dès l’age de 11 ans, Jonatan réalise des petits films où il se met en scène et où il capture des moments de la vie familiale. En filigrane de l’histoire, il y a son homosexualité, son instabilité mais surtout l’absence de sa mère. Cette mère qui sera internée en psychiatrie plus d’une centaine de fois suite aux traitements aux électrochocs que lui feront subir ses propres parents. Cette mère qui semble être la raison même du documentaire, la pièce centrale d’un échiquier complexe, cette femme qui a rompu le cycle des mauvais traitements mais qui en a payé le prix fort.

Grâce à elle, Jonatan se bat, parfois contre lui-même. Le document qu’il nous livre est en définitive la preuve de son acharnement à chercher sa place et son identité. En cela sa créativité, passant parfois par des canaux peu conventionnels comme le cinéma underground, l’opéra-rock où la confrontation directe avec sa famille, nous laisse pantois face à tant de courage.

Ce témoignage dérangeant aux allures exhibitionnistes, qui a été co-produit par Gus Van Sant, sera peut-être un précurseur dans sa manière qu’il a d’éclairer la face privée de nos sociétés occidentales.