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Point de vue

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi de reproduire intégralement un article du journal « Le Monde » daté du 27 février 2010. Il est signé par Jacqueline Risset, professeur de français à l’université Rome-III et traductrice de la Divine Comédie de Dante

« La face noire de l’Italie

Depuis des siècles, l’idée de l’Italie suscite dans l’esprit des Européens une émotion spéciale. Comme si l’espace de cette péninsule était formé d’une matière différente – ses paysages, ses villes, ses villages baignant dans une sorte de lumière mythique dont le secret restait inaccessible. Les voyageurs du Grand Tour n’ont cessé d’en décrire les charmes. Les écrivains ont tenté souvent d’en approcher le mystère. Stendhal y éprouvait une émotion continue, jusqu’au malaise partagé par bien d’autres visiteurs devant la surabondance de l’art. Pour Nietzsche, l’Italie est lumière, douceur, libération. Là il ne sent pas, dira-t-il, le besoin de dire « non », comme il arrive à qui sort le matin dans les rues d’une ville allemande ; lumière, musique, et « les raisins doux chez la fruitière », à Turin, dans les derniers temps de sérénité. Pour Freud, l’Italie est révélation nécessaire : « Ce qu’il me faut, c’est l’Italie » ; l’art italien – « trésor symbolique quasi sacré » – lui est dévoilement d’inconscient, expérience de l’altérité et du hors-temps. Il projette de finir ses jours à Rome.

Aujourd’hui encore dans la mémoire du voyageur surgit l’impression d’éblouissement et de transfiguration de la première rencontre : paysages harmonieux des grands lacs, le café au lait des matins français changé en mousse délicate de cappuccino, son des socques de bois sur les dalles de Sirmione, gaieté, arbres et fleurs. Ensuite l’enchantement complet : Venise, Florence, plus tard Rome aux belles, aux étonnantes architectures, Tibre, fontaines…

Mais il existe aussi un autre versant – le versant noir, depuis longtemps connu des poètes et des romanciers italiens, exploré par Alessandro Manzoni (1785-1873), dans ses I Promessi SposiLes Fiancés -, dont le titre innocent ne laisse pas deviner les abîmes de noirceur et de tragique qui s’ouvrent peu à peu devant le lecteur. Roman fondé, comme La Chartreuse de Parme, sur une ancienne chronique italienne très violente et très sombre, il ne contient ni Fabrice, ni Clelia, ni l’ombre d’une Sanseverina.

Il s’agit des temps de la peste au XVIIe siècle, sous la domination espagnole. Intrigues ténébreuses et crimes obscurs. Pages implacables, peintures tragiques du XVIIe siècle italien, qui se révèlent être, de plus, une vision anticipée des mystères et des scandales non résolus des années de plomb et de l’Italie contemporaine, telle que Pasolini l’a perçue, dénoncée et subie, jusqu’à sa mort comprise. De fait, la racine ancienne de la situation d’aujourd’hui peut être reconnue dans le fait que le pouvoir a presque toujours été exercé en Italie comme « faction et oligarchie », pratique autoritaire en face de laquelle « le pire est sans aucun doute de ne pas être protégé ».

Ce qui entraîne une atmosphère qui peut se définir par le terme d’ignavia, qu’employait Leopardi à propos de la « vilissima condizione » de ses compatriotes – ignavia, c’est-à-dire « inaction par incapacité de comprendre », dans une société semblable à celle que décrivait Manzoni (celle du XVIIe siècle, mais qui était aussi la sienne). Aujourd’hui, c’est à nouveau l’ignavia qui s’installe – une passivité, une acceptation qui rappellent que le régime fasciste, qui a duré vingt ans avec un vaste consensus, n’a sans doute jamais été soumis à un travail d’interrogation et de jugement comme l’a été la période du nazisme dans l’Allemagne contemporaine.

La Constitution italienne, élaborée après la guerre par des personnalités aux différentes appartenances politiques mais toutes douées d’une conscience démocratique mûrie par l’expérience historique récente, est certainement la meilleure, la plus clairement républicaine, laïque, de toutes les Constitutions européennes. Mais, par la suite, l’éducation du peuple italien à la démocratie n’a pas vraiment été faite par les gouvernements démocrates-chrétiens.

La gauche italienne – grand Parti communiste gramscien plutôt que marxiste et fort Parti socialiste, alors alliés – était indubitablement porteuse d’une vocation éducatrice ; mais toute la gauche s’affaiblissait progressivement à partir des années 1970 minées par les conflits, le terrorisme, la corruption, cette dernière en croissance constante dans les années 1980, sous l’effet de la politique craxienne, qui rompait d’un coup avec la tradition éthique de la gauche et fournissait une idéologie prête pour le gouvernement d’entreprise qui allait bientôt attaquer les bases mêmes de la démocratie.

Avec la fameuse « descente dans l’arène » de 1994, c’est la société du spectacle, telle que Guy Debord l’a décrite, qui fait son entrée et s’étend comme une pieuvre : plus de passé, plus de futur, un présent imaginé, savonneux, lisse. Deux phénomènes donnent la mesure de la particularité et de la gravité du moment historique : l’état d’hypnose des électeurs de cette droite pseudo-libérale, et la « servitude volontaire » d’hommes politiques qui, si l’on excepte les recrutés ad hoc (entrepreneurs, avocats, etc.) avaient connu dans les années précédentes un passé d’une certaine dignité, et qui à présent s’apprêtaient à soutenir imperturbablement, avec une discipline absolue, la valeur intrinsèque et « bonne pour le peuple » de chaque nouveau coup porté par leur roi Ubu à la démocratie.

On se demandait alors comment tout un pays pouvait être amené, sans violence (même si la violence n’était pas si loin qu’on voulait bien le dire, on le verrait avec le G8 de Gênes) à un si épais sommeil ? Les causes en sont diverses, enracinées dans l’histoire récente et plus lointaine. Les moyens sont ceux, utilisés de façon répétitive, de l’abolition des rapports entre le réel et la fiction, abolition progressive à laquelle accoutume une télévision hallucinatoire absorbée à fortes doses.

La vulgate gouvernementale d’alors, selon laquelle la gauche – plus précisément le Parti communiste – aurait gouverné le pays depuis cinquante ans, n’était probablement pas une simple trouvaille de campagne électorale. La tranquillité avec laquelle l’opinion acceptait cette curieuse réécriture de l’histoire récente révèle sans doute une conviction secrète, et enracinée, selon laquelle le gouvernement « naturel » du pays aurait été le régime fasciste, artificiellement interrompu en quelque sorte par la guerre et la défaite militaire…

Cependant, en un temps record, un pays agricole et catholique se transformait en un pays industriel hédoniste, sans lois, sans repères. Glissement, liquéfaction… Le tissu cède silencieusement, la flaque s’élargit…

Déjà sont visibles les dommages qui s’étendront sans limites jusqu’à aujourd’hui : résurgence fasciste, épisodes racistes contre les émigrés – à présent réduits en esclavage comme on l’a vu le mois dernier en Calabre -, collusion avec la Mafia devenue de plus en plus centrale et de plus en plus évidente.

Dans les derniers temps, le pays est arrivé à « l’anesthésie totale », à la « somnolence collective », à la « narcose » – termes apparus il y a quelques jours sous la plume de grands journalistes de l’opposition, d’une opposition par ailleurs pratiquement impuissante, puisque, d’après une enquête récente, 87 % des Italiens reçoivent toute leur information de la télévision – d’une télévision privée, mais aussi publique, de plus en plus entre les mains du gouvernement.

Le but originaire de l’installation berlusconienne – ce que la grande journaliste Rossana Rossanda définissait alors comme « une capitulation du pays devant l’entreprise pure et simple » – semble désormais atteint, même si aujourd’hui, pour la première fois, des symptômes de rébellion apparaissent ici et là. La dernière réalisation du gouvernement italien, qui s’appelle « Protezione Civile », est une organisation destinée à l’intervention rapide en cas de « catastrophes naturelles » (mais peu à peu étendue à des événements dont l’urgence et le naturel sont de moins en moins démontrables).

Elle procède par interventions urgentes, qui ont lieu en dehors et au-dessus des lois. D’où la naissance d’un pouvoir absolu échappant à tout contrôle et source incroyable de corruptions en tous genres. Quelques membres de la coalition gouvernementale prennent peu à peu leurs distances, Gianfranco Fini, président de la Chambre, Giuseppe Pisanu, ancien ministre de l’intérieur : « L’horizon de l’intérêt général est clos, les cataractes de l’intérêt privé se sont ouvertes. »

Un nouveau scandale éclate chaque jour. Un mélange explosif se prépare peut-être – fatigue, exaspération des citoyens devant une classe dirigeante « non seulement corrompue, mais décrépite », écrit Curzio Maltese, lucide analyste du phénomène depuis ses débuts : férocité de la crise (milliers et milliers d’ouvriers et de chercheurs chassés de leur emploi, réduits à la pauvreté absolue), victimes révoltées du tremblement de terre des Abruzzes (« Un an après, ici, tout meurt »), désir d’un futur pour l’instant inimaginable. Reverrons-nous bientôt le ciel italien de Stendhal ? »

« Stay-Behind »

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la hantise du communisme a amené les pays membres de l’OTAN, sous la houlette des Etats-Unis et du Royaume-Uni, à mettre en place des réseaux clandestins constitués de militaires, de gendarmes, de membres de la sûreté de l’état, ayant en commun des sympathies prononcées pour l’anticommunisme, voire l’extrême-droite. Nombre de leurs cadres furent enrôlés dès 1947 parmi notamment d’anciens SS. Ces groupuscules entraînés aux techniques de contre guérilla constituaient des groupes armés prêt à intervenir en cas d’invasion de l’Europe occidentale par le bloc de l’Est. Leur particularité fut leur caractère antidémocratique. En effet, selon le constat que la gauche était solidement implantée dans nombre de pays de l’OTAN via notamment les partis socialistes, les Américains et les Britanniques jugèrent opportun de manoeuvrer ces réseaux parfois sans l’aval des gouvernements en place. C’est William Colby, ancien directeur de la CIA, qui en fait pour la première fois publiquement mention en 1978 dans ses mémoires.

Communément appelée « Stay-Behind », ces armées endormies, sous le contrôle des services de renseignement Américains et Britanniques via le SHAPE, suscitent encore aujourd’hui bien des interrogations, notamment en Italie et en Belgique où ils furent suspectés d’alimenter un climat de tension par l’exécution d’actes de terrorisme.

Les années 70 en Italie sont connues sous le nom d’« années de plomb » car elles ont été le théâtre particulièrement violent d’une série d’attentat qu’on attribua pour la plupart à tort à l’extrême-gauche. Le premier perpétré en 1969 à la piazza Fontana à Milan fait 16 morts. Son auteur présumé, un anarchiste du nom de Giuseppe Pinelli meurt « mystérieusement » d’une chute du 4ème étage du commissariat où il était interrogé. Suivront plusieurs actions violentes tout au long de la décennie.

En 1980 une bombe explose dans la gare de Bologne. Bilan: 83 morts et plus de 200 blessés. Si c’est l’extrême gauche et les Brigades Rouges qui sont d’abord accusées, on saura plus tard que l’attentat a été perpétré par les néonazis Valerio Fioravanti et Francesca Mambro, avec l’aide de la sûreté de l’Etat. Les exécutants seront condamnés en 1995 à la prison à perpétuité. Suite à ce procès, la cour de cassation révèle dans son arrêt du 23 novembre 1995 « l’existence d’une vaste association subversive composée d’une part par des éléments provenant des mouvements néo-fascistes dissous et d’autre part par Licio Gelli, le chef de la loge P2, Francesco Pazienza, le collaborateur du directeur général du service de renseignement militaire SISMI ainsi que deux autres officiers du service ».

On saura plus tard,grâce aux déclarations du terroriste d’extrême droite Vincenzo Vinciguerra, le véritable auteur de l’attentat de Piazza Fontana, condamné à la prison à perpétuité, que les attentats, visaient une stratégie de la tension : « La raison »  dit-il « en était assez simple. [Ces attentats] étaient censés forcer ces gens, le peuple italien, à s’en remettre à l’État pour demander plus de sécurité. C’est à cette logique politique qu’obéissaient tous ces meurtres, et tous ces attentats restent impunis car l’État ne peut s’inculper lui-même ou avouer sa responsabilité dans ce qui s’est passé. »

Le 24 octobre 1990, Giulio Andreoti, le premier ministre italien, révéla au public l’existence du réseau GLADIO, un « Stay-Behind » qui avait rejoint dès 1964 le « Cooperation and Planning Commitee », un bureau de sécurité dépendant directement du quartier général de l’OTAN. Trois mois plus tard, le journal The Guardian daté du 16 janvier 1991 écrit que: «  Les pièces ayant servi à la fabrication de la bombe (de l’attentat de Bologne) venait d’un arsenal utilisé par GLADIO (…) selon une commission parlementaire sur le terrorisme ».

Un lien ,ténu certes faute de preuves supplémentaires, mais un lien tout de même, entre Gladio, l’OTAN, les néo-fascistes et les attentats…

A qui profite le crime? Les attentats attribués à tort à l’extrême gauche italienne ont complètement discrédité celle-ci. Le « compromis historique » entre communistes et sociaux-chrétiens qu’Aldo Moro voulait mettre en place n’aura pas lieux non plus. Il sera retrouvé mort le 9 mai 1978 exécuté par les BRIGADES ROUGES. Emmanuel Amara montre dans un documentaire daté de 2006 comment des fonctionnaires américains, dont Steve Pieczenik firent tout leur possible pour faire échouer les négociations permettant la libération d’Aldo Moro. Ce fait est avéré et fut confirmé par Francesco Cossigna ministre de l’intérieur de l’époque.

Avec toutes ces allégations, il semblerait que le choix d’un régime, fusse-t-il en Europe occidentale, ne dépende pas seulement du choix des urnes.

Ne soyez pas parano, mais n’oubliez pas: They STAY BEHIND…

Le secteur non-marchand en Belgique.

Pour comprendre l’apparition du secteur non-marchand, son évolution et ses transformations, il convient de se pencher sur les tendances des politiques publiques de ces 30 dernières années et sur l’impact qu’elles ont eu sur son encadrement, son subventionnement et même sa définition.

L’Etat Belge, depuis sa naissance, n’a jamais eu d’appareils administratifs puissants. On dit d’ailleurs de la Belgique qu’elle applique une démocratie « consociative », c’est-à-dire une démocratie où l’Etat se contente d’arbitrer et d’établir des compromis entre les différents segments de la société. Cela explique que la coupure entre la sphère publique et la sphère privée n’aie jamais été très nette. La pilarisation de la Belgique entre chrétiens et socialistes, entre francophones et néerlandophones, a accentué la faiblesse de l’état. Ces caractéristiques culturelles de l’Etat Belge vont être le terreau qui permettra l’émergence du secteur non-marchand privé. Toutefois, d’autres raisons, qui relèvent clairement de choix politiques, sont à l’origine de ce secteur d’activité.

Prenons comme point de départ à cet historique la récession économique de 1973-1974. A cette époque, le souci principal des politiques publiques est de stimuler l’activité économique et de lutter contre le chômage. Pour ce faire, l’Etat incite le secteur public à engager des chômeurs. Ces programmes de mise à l’emploi sont financés par l’Office Nationale de l’Emploi (ONEm). Tous ces emplois concernent des travaux d’intérêt général, c’est à dire des activités « non-marchandes ».

En 1979, le gouvernement Martens 1er met en place un système de primes octroyées aux entreprises sans finalités industrielles et commerciales ainsi qu’aux institutions de soins et d’hébergement. martens2 C’est ce qu’on appelle le Plan Dewulf, du nom du ministre de l’emploi et du travail de l’époque. Ces primes sont conditionnées par l’obligation d’engager des chômeurs. L’objectif est double : Il s’agit de faire face à de nouveaux besoins rencontrés par la population, notamment en matière de soins de santé, tout en diminuant le taux de chômage.

Un peu plus tard, la révision constitutionnelle de 1980 va profondément influencer le développement de certaines politiques publiques. Le gouvernement Martens 1er précise dans sa déclaration d’investiture qu’il « appartient désormais aux communautés et aux régions de définir les politiques appropriées ». Les politiques dont il est fait allusion concernent principalement les matières personnalisables (enseignement, politiques sociales et de santé, formation professionnelle, etc.), c’est-à-dire celles liées à la vie des personnes et à leur relation avec certains services publics. Toutefois, la notion de secteur non-marchand n’existe pas encore en tant que telle. Elle apparaît pour la première fois dans l’arrêté Royal du 24/03/82, qui « encadre la promotion de l’emploi dans le secteur non-marchand ».

Les critères du non-marchand sont alors définis  comme devant « satisfaire à des besoins collectifs, être d’utilité publique ou sociale ou d’intérêt culturel et ne poursuivre aucun but lucratif ». Ce même arrêté met en place le programme de Troisième circuit du travail (TCT) qui a pour but de « pallier le chômage d’origine structurelle par la création d’emplois dans le secteur non-marchand, devant satisfaire à des besoins collectifs qui autrement n’auraient pas été rencontré ». On le voit, sans en faire encore un secteur d’activité à part entière, les politiques publiques encourage les activités non-marchande dans le but de créer des emplois..

En 1984, c’est la politique d’austérité qui est prônée . Des mesures sont prises et débouchent sur la réduction de la masse salariale. Une partie des économies faites par l’Etat va permettre de financer de nouvelles structures, notamment dans le secteur des services de soins et surtout dans l’aide à domicile. Cette restructuration provoque une réduction des lits disponibles dans les institutions hospitalières, notamment dans les services de santé mentale, et est accompagnée de la promotion du travail à temps partiel. C’est le secteur des soins dits « ambulatoires » qui est privilégié au détriment des hopitaux. Ce secteur ne va d’ailleurs pas cesser d’évoluer et d’occupper une place toujours plus importante à Bruxelles et en Wallonie.

Les accords de Val-Duchesse en 1986 entérinent l’exonération des cotisations sociales pour les ASBL et les ateliers protégés. C’est une mesure qui va également inciter à créer des nouveaux emplois. La révision institutionnelle de 1989 va ensuite permettre la création de la région de Bruxelles-capitale. Dans un même temps, les communautés et les régions voient la proportion de leur budget augmenter de 30% et la même année, Philippe Busquin, ministre des affaires sociales, continue une politique de restriction budgétaire, notamment dans le secteur hospitalier.

Cette conjoncture va permettre de mettre en avant la nécessité des services ambulatoires, c’est-à-dire « hors de l’hôpital » et va créer de nouveaux emplois. Un vaste mouvement de contestation sociale, qui s’insurge contre les mesures de Busquin, va d’ailleurs déboucher sur une revalorisation salariale des professions liées aux soins de santé et par là même à une prise de conscience de la force politique du secteur non-marchand.

Le « Maribel Social », c’est à dire un système de réduction des cotisations patronales mis en place au profit des aides familiales et des services aux personnes âgées va faire son apparition.  Ce fonds existe encore actuellement.

Les accords de la Saint-Michel et de la Saint-Quentin, en 1992-1993, marquent le transfert de certaines compétences de la Communauté Française vers la région Wallonne et la Commission Communautaire Française (Cocof) de la région de Bruxelles-Capitale. C’est cette dernière qui assure le financement du secteur non-marchand bruxellois. En 1995, toujours en suivant la même ligne politique, le plan pluriannuel pour l’emploi met en avant la priorité de stimuler l’emploi dans le secteur non-marchand.

On le constate sans peine : Dans le courant des années 80-90 ce sont les choix budgétaires des gouvernements table1successifs qui ont permis l’évolution de ce secteur. Il faut toutefois attendre l’arrêté royal du 16/04/1998 relatif à la promotion de l’emploi dans le non-marchand  pour que soit enfin précisé de manière exhaustive les activités que ce terme recouvre. La même année, ce secteur va s’organiser sous forme de Confédération des Entreprises du Non-Marchand, et sera pour la première fois représenté dans le Conseil Central de l’Economie. Il siège depuis lors comme observateur au Conseil National du Travail. Son poids politique est désormais bien plus important.

L’année 1999 est le théâtre d’un changement significatif : Pour la première fois depuis 1958, les sociaux-chrétiens sont évincés du pouvoir. La déclaration d’investiture du gouvernement Verhofstad 1er insiste sur la collaboration entre secteur public et privé et sur la délégation de certaines tâches vers le secteur privé. Ce gouvernement, un an plus tard, prônera la participation et la coordination entre les pouvoirs publics et le secteur associatif non-marchand. Cela débouchera au niveau fédéral sur les accords du non-marchand. Ceux-ci vont harmoniser les barèmes des travailleurs du secteur, réduire le temps de travail en reconnaissant sa pénibilité et dégager des fonds pour l’accompagnement des stagiaires et la formation du personnel. Ce consensus fut possible en grande partie grâce à l’excellente collaboration entre les employeurs du non-marchand et les syndicats ainsi qu’à la marge budgétaire significative dont disposait le gouvernement.

En 2000, le secteur employait en Belgique un total de 224.118 emplois (pour un total de 178.206 équivalent temps plein). Le secteur non-marchand est désormais politiquement incontournable.

Brève histoire des technologies de l’information et de la communication.

Lorsque nous parlons aujourd’hui des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), il est essentiellement question du rapprochement entre les télécommunications (téléphone, radio, télévision) et l’informatique. C’est cette jonction qui a donné naissance au World Wide Web, c’est-à-dire au réseau internet que l’on pourrait qualifier de TIC la plus performante dans le sens ou elle réunit tous les supports multimédias en les mettant en réseaux. Comment en est-on arrivé là ?

Les technologies de l’information et de la communication, même si on ne les a pas toujours appelées ainsi, ont une très longue histoire derrière elles. Il semblerait logique, en guise de préambule, de commencer par l’invention de l’écriture en Mésopotamie, 3300 ans avant JC qui s’est développée concrètement au moyen d’argile humide et de roseaux taillés ou encore d’aborder la xylographie, ou gravure sur bois, qui était pratiquée avant l’invention de l’imprimerie. Toutefois, devant la masse d’informations que nécessiterait une telle énumération de techniques et de découvertes, allant de l’alphabet à l’invention du papier, nous nous contenterons d’évoquer les principales étapes qui ont marqué cette histoire.

En faisant un bond dans l’espace et le temps, nous arrivons en Europe en 1468 avec l’invention de Guttenberg, c’est-à-dire la typographie et la presse à imprimer, qui a permis largement à la diffusion d’informations.

En 1793, Claude Chappe met en place un système de communication optique et mécanique appelé « sémaphore ». Conçu sous forme de tourelles de pierre se transmettant des signaux à l’aide de bras mécaniques, ce système est le premier réseau de télécommunications d’envergure nationale composé en 1844 de 534 tours. Il faudra attendre 1832 pour voir apparaître le télégraphe électrique.

En 1801, Joseph-Marie Jacquard invente un métier à tisser automatisé dit « métier Jacquard » qui fonctionne grâce à un système de cartes perforées. Cette invention marque l’avènement de l’automatisation qui préfigure la mécanographie, c’est-à-dire l’ensemble des techniques mécaniques qui permettent le traitement, le calcul et la publication d’informations. L’ancêtre de l’ordinateur en quelque sorte.

Alexander Graham Bell invente le téléphone en 1876. En 1877 Thomas Edisson invente le phonographe. Les sons peuvent désormais être enregistrés et retransmis. En 1895, grâce aux frères lumière, c’est au tour des images en mouvement à être immortalisé par l’invention du projecteur de film.

Ensuite, l’histoire s’accélère et une série de découvertes scientifiques vont se compléter pour donner naissance à des technologies de la communication de plus en plus performante qui réduisent à chaque fois la distance entre les hommes. En 1920 les premières émissions de radios commerciales sont diffusées. En 1935 c’est au tour de la machine à écrire électrique d’être commercialisée. En 1933 Londres retransmet les premières émissions télévisées. En 1943, grâce à Alan Thuring le premier ordinateur, à l’origine conçu pour percer les codes allemands durant la seconde guerre mondiale, voit le jour. Von Neumann va développer le concept de mémoire pour l’ordinateur en 1948. En 1969, Le département de défense des Etats-Unis d’Amérique crée le réseau Arpanet et permet à deux ordinateurs de communiquer à distance. Il s’agit de l’ancêtre d’internet. Le premier E-Mail est envoyé en 1972 par Ray Thomlinson. L’ordinateur individuel, le PC (personal computer) est présenté en 1974. Le magnétoscope est disponible pour les ménages dès 1975. En 1981, le réseau postal français met en place le minitel, connectant ainsi des milliers d’individus entre eux. C’est l’avènement de la vente par correspondance électronique ainsi que des sites de rencontres.

Les années 90 marquent l’avènement de l’internet et du World Wide Web, deux systèmes complémentaires qui sont souvent confondus. C’est la convergence des technologies de l’audiovisuel, des télécommunications et de l’informatique qui a permis cette révolution. Un exemple concret d’application? Voyez ce médecin américain qui a opéré depuis New York un patient hospitalisé à Paris grâce à un robot chirurgical connecté sur le réseau Internet. Pour l’anecdote, en 2008, l’archipel Tristan da Cunha, perdu au milieu du Pacifique, a été relié par satellite avec un centre médical d’urgence situé aux Etats-Unis. Cette particularité lui, permet, malgré la distance et l’isolement, de permettre l’acces aux soins de santé à tout ses habitants.

L’internet est en fait l’appellation du réseau informatique qui relie des millions d’ordinateurs et leur permet de communiquer entre eux grâce à un système universel de transmission de données appelé le protocole TCP/IP. Ce réseau, qu’on appelle « La Toile » ou « Web » en anglais a de nombreuses applications. La plus connue étant le World Wide Web, qui représente la partie la plus visible de l’internet puisqu’elle permet la visualisation de milliards de pages reliées entre elles par des liens hypertextes. La grande majorité des états, des entreprises, des associations ont leur page sur la Toile. Pour parler du réseau et de toutes ses applications, on parle désormais d’ « Internet », avec une majuscule.

La logique d’émission de la plupart des médias fait place avec Internet à une logique d’interactivité. C’est « l’apparition du média personnel par opposition au média de masse ».

Depuis 2004, on parle du Web 2.0, c’est-à-dire depuis l’apparition de nouvelles applications sur l’internet qui vont contribuer à modifier nos sociétés en profondeur. A présent, de plus en plus d’internautes, grâce à la généralisation des Blogs et des Wiki vont contribuer à l’élaboration de la Toile, renforçant l’interactivité de celle-ci. Les Blogs sont des pages personnelles que tout particulier peut mettre en place sans connaissances approfondies de l’informatique. Les Blogs constituent une masse d’informations libres constituées de textes et de médias audiovisuels qui peuvent être consultés mais également commentés . Les Blogs sont reliés entre eux par ce qu’on appelle des « rétro-liens » et cet ensemble constitue la Blogosphère, un espace virtuel gigantesque où l’interactivité est la règle. Toutefois, les Blogs ne peuvent être modifiés que par les personnes autorisées. En 2007, on dénombrait 100 millions de Blogs sur la Toile. Les Wiki quant à eux ont poussé la logique de l’interaction encore plus loin puisque si à l’instar des Blogs le contenu est librement consultable et permet les commentaires, il peut en outre être modifié par n’importe qui. L’exemple de l’encyclopédie électronique « Wikipédia » en est la plus célèbre illustration. Internet participe dès lors à la démocratisation de l’information. La communication se fait désormais par entrées multiples. Consulter la presse sur internet dépasse la simple lecture d’une dépêche. Ce sont de véritables forums de discussion accessible à tous qui s’organisent autour de chaque nouvelles.

De plus, des applications comme le flux RSS (Rich Site Summary), c’est-à-dire un système d’alerte qui va prévenir l’internaute lorsqu’une nouvelle est jugée intéressante selon des critères prédéfinis, facilite le voyage à travers des milliards de pages et augmente la performance de l’outil virtuel. On parle dès lors de média intelligent.

La somme de ces applications a permis la constitution de multiples réseautages sociaux en facilitant le rapprochement de personnes ayant des convergences d’idées ou de buts. Ce réseautage social, communément appelé « Folksonomie» est présent partout sur la Toile. Ces sites, véritables cartes d’identité, dépassent l’individu isolé en mettant en avant son réseau social. Le principe est de s’entourer de ses amis, virtuels ou non, et d’échanger avec eux en toute transparence sous le regard de millions d’internautes. Ce système est directement issu de toutes les applications précédentes. Des sites internet comme Facebook ont des implications directes dans la stratégie de vente de certaines entreprises, servent d’outil pour les chasseurs de têtes en quête de profils spécifiques ou interviennent même dans l’organisation de rassemblement civils, comme par exemple la manifestation à Bogota de février 2008 et qui a rassemblé plus de 3 millions de personnes dans tous le pays.

On le constate, « Matrix » n’est plus si loin. Toutefois ces merveilles technologiques n’ont pas su empêcher la collision en ce début du mois de février 2009 entre deux sous-marins nucléaires des plus sophistiqués qui soient. Un problème de communication parait-il…

Sciences et Vies…

savant-fou

La théorie du progrès c’est de finalement justifier le pire du passé pour le meilleur du futur…en niant le présent, trop subtil pour être pris en compte peut-être.

Ainsi, la propension des gouvernements à partir en guerre encourage  le financement de recherches pour concevoir de meilleurs armements, des moyens de transport plus performant, des technologies de la communication plus efficaces et bien sûr, blessures de guerre obligent, de nouvelles techniques chirurgicales. Ce sont bien souvent les ministères des défenses nationales qui octroient la plus large part de capitaux à la recherche scientifique.

Selon ce principe, l’évolution du savoir, des connaissances et des techniques est proportionnelle au nombre de guerres et à leurs durées. Le champ de bataille serait donc vu comme un gigantesque laboratoire où les grands Esprits de notre temps peuvent mettre leur imagination à contribution.

La guerre comme instrument de management scientifique en quelque sorte…

Paramilitarisme en Ossétie et en Georgie.

Les projecteurs sont tous dirigés vers l’Empire du Milieux et ses Olympiades. Pendant ce temps, l’Ossétie du sud saigne, en proie aux cosaques, les milices irrégulières russophones, qui, sous protection de l’état major Russe, s’adonne aux pillages et aux exactions les plus sauvages. Le lieutenant Victor, un responsable Russe d’un Checkpoint, aurait parlé d’eux en ces termes: «On ne les laisse plus entrer dans Gori, ils ont un peu exagéré». Ce propos, émanant d’une personne du même camps, fait frissoner…

On ne sait pas encore ce qu’il se passe là bas, près de Gori, derrière les lignes de l’armée russes ; mais avec un peu d’imagination, on peut sans peine se représenter le cauchemar qui se joue.

En effet, si les journalistes ont pu sans peine passer par les territoires contrôlés par l’armée Géorgienne, qui a bien retenu la leçon du parrainage étasunien concernant la « visibilité médiatique d’un conflit », il n’en va pas de même sur les territoires occupés, pour un certains temps soyons-en sûrs, par l’armée de Poutine.

Le paramilitarisme, quelque soit son nom (Autodéfense Unie, Oustakis, Cosaques, Escadron de la mort, etc.) a cette particularité de ne pas faire couler beaucoup d’encre. Dans les conflits armés, la presse les dépeint souvent comme des délinquants agissant pour leur propre compte, des mauvais garçons aux vils instincts qui se paieraient une bonne tranche d’adrénaline par le pillage, le viol et l’assassinat.

Toutefois, ne soyons pas dupes. Les armées régulières ont toujours entretenu ces « troupes clandestines » pour les basses besognes que les caméras ne leur permettent pas d’accomplir elles-mêmes.

Plutôt que de paramilitarisme, parlons plutôt de militarisme décomplexé… 

Le coût de la vie.

On ne parle que de l’étude Mercer sur le Net. Ce sujet fera donc peut être grimper les statistiques de mon blog. La prochaine fois, je parlerai des jeux olympiques de Pékin …juste au cas où…

Bref.

Selon une récente étude faite par  le cabinet de consultants Mercer, Moscou serait cette année la ville la plus chère du monde.  Elle serait suivie de très près par Tokyo, a qui elle a ravi son « titre », ensuite viendrait Londres, Oslo et Seoul. D’après cette étude, les villes les moins chères seraient toutes Latino-Américaine : Montevideo, Buenos Aires et Quito arrivent dans le bas de la liste.  Asuncion  au Paraguay obtiendrait la palme de la ville la moins chère. L’étude ne porterait que sur 147 villes, toutes  d’importance au niveau démographique.

Les paramètres utilisés pour cette enquête se basent sur les prix du tabac, de l’alcool, des vêtements, de la nourriture, de l’immobilier, de l’accès aux sports, des transports et bien sûr des soins de santé.

Toutefois, il faut à mon sens mettre à un bémol à la fiabilité d’une telle entreprise.  On pourrait me croire atteint d’un accès d’outrecuidance mégalomaniaque qui friserait l’indécence pour oser ainsi braver l’expertise de tels spécialistes. Néanmoins je me permets de rappeler que cette enquête concerne en premier lieu les expatriés, c’est-à-dire des personnes bénéficiant d’un travail largement rémunéré, ayant l’habitude de fréquenter les grandes chaînes d’hôtels internationales, et surtout vivant de manière occidentale, c’est-à-dire en fréquentant des clubs sportifs, des bars privés, des discothèques et des restaurants chics et s’habillant plutôt chez Dior que chez le tailleur de la Médina du coin.

Sous cet angle, Moscou serait peut être bien la ville la plus chère… surtout si le whisky s’achète au comptoir côté piscine de la Private Party du coin. Point de vue transport, un taxi de Tokyo est sûrement plus onéreux qu’un métro à Mexico et les soins de santé de la clinique du quartier des coopérants de Lagos au Nigéria  aura sûrement, pour le malade de l’hôpital publique de New-York, des tarifs à faire dresser ses cheveux sur sa tête. Et puis peut-être qu’un hôtel  4 étoiles de Séoul endommagera plus le portefeuille qu’un 5 étoiles de Berlin…mais est-ce bien une comparaison fiable quand on parle du coût de la vie. Dans un cas comme dans l’autre, il existe une multitude de bouis-bouis et autre gargote bon marché pour qui sait les trouver, encore faut-il vouloir prendre la peine de les chercher, pour peu que leurs existences aient germé dans l’âme de ces chercheurs.

Ce qui s’esquisse à travers mon pamphlet, c’est la conclusion qu’à travers ces résultats, on voudrait nous faire croire à une réalité objective et chiffrable. C’est bien évidemment sans compter les quartiers populaires. Chez Mercer, on ne s’aventure pas trop dans les quartiers qui sentent, dans les quartiers qui suent dans les quartiers qui triment. Un choix méthodologique peut être.

Pourtant ceux-ci forment encore la majorité des lieux, en superficie et en population j’entends, de la plupart des mégapoles. Lorsqu’on lit les commentaires de l’agence Mercer, où la classification « positive » est liée au côté onéreux de la ville (on aurait pu se demander pourquoi pas un top 50 des villes les moins chères, où Asuncion se disputerait la place avec Quito et Buenos Aires…), on se rend compte qu’il s’agit bien d’un classement fait à partir d’une standardisation des habitus de la classe dominante. Nous sommes ici dans la « logique du luxe » où la  Jet Set plus que tout autre marque de son empreinte l’aura de la ville… et la recherche qui s’y rapporte.

Tout cela n’est pas bien nouveau, mais la candeur avec laquelle la plupart des médias nous présente cette étude fait sourire et nous renvoie à la sentence de toute époque : l’ethnologie d’un peuple s’est toujours faites au travers de sa classe dominante. En ce sens, pour les sceptiques de tout poil, il est grand temps de se pencher sur le concept de de la « lutte des classes » qui de Marx à Bourdieu en passant par Badiou, éclaire d’une étincelante lumière « l’inexprimable » contenu dans cette enquête.

 

Le site de l’enquête: http://www.mercer.com/costofliving#Cost_of_living_top_50_cities

Un autre article sur les villes (qui n’a rien avoir mais qui est très sympa): http://manosuelta.wordpress.com/2008/06/27/las-10-ciudades-mas-contaminadas-segun-popsci/