Archives de Catégorie: Cyberpunk

All tomorow’s parties

William Gibson nous livre avec « All tomorow’s parties » un livre déplorable tant sur le fond que sur la forme.  Le cyberpape aurait il perdu pied ? Rassurez vous, le livre date de 1999, et depuis lors William « Neuromancien » Gibson a pu corriger la trajectoire.

La trame de l’histoire laissait pourtant présager un opus exceptionnel.

Voyez plutôt : Laney, un des personnages centraux, est capable grâce à une drogue nommée 5-SB  de « sentir » le flux des données qui transitent par internet, c’est-à-dire TOUTES LES DONNEES qui sont échangées chaque seconde sur l’ensemble du globe. Un accès direct à la « Noosphère » comme dirait le Flagelleurmental.

Si l’on imagine ce flux d’informations de manière visuelle, on peut y voir des pics de circulation, des mouvements d’accélération, des arrêts, bref c’est comme si on regardait de très haut le flux de voitures sur les autoroutes (belges bien sûr, car contrairement  à ce roman, elles sont éclairées !)

Et après me direz vous ? Et bien selon la forme, la disposition, bref la configuration de ce flux, notre ami Laney va distinguer  les « points nodaux »(dans l’image d’un embouteillage, ça serait les lieux de graves accidents qui modifieraient toute la circulation).

Tout ça lui permet, on s’en doutait un peu, de prévoir l’avenir. (Explications : la fumée= feu, les accidents de voiture=embouteillage, les points nodaux=bouleversement à l’échelle mondiale).

Du cyberpunk messianique pur jus. Jusque là, on adore, on adhère et on en redemande. Rien à dire par rapport à la théorie qu’il esquisse. Les critiques ciblent ici la narration et les personnages: L’une est primaire, les autres sonnent creux.

Gibson essaie de décrire les états d’âme de Chevette la jeune ado, de nous faire partager les frustrations d’un ex-flic, de nous attendrir avec un gosse muet et de nous embobiner avec sa pseudo-sociologie de la culture intersticielle (NDLR : les squatteurs, punks, rasta et autres représentant de l’underground vivant dans les interstices du système). En vain. On y croit pas une seconde. L’impression de série B plane tout le long de ce roman qui est tout sauf convaincant. Du réchauffé. De la psychologie de bas étage.

Si Gibson peut parfois faire preuve d’un esprit visionnaire dans ses théories, il ferait mieux toutefois de les faire écrire par un vrai romancier. Entre avoir du génie et pouvoir le faire partager, il y a un pas que CyberWilly n’a pas encore franchi.

L’image en haut à droite provient de kev1987.deviantart.com/

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Philosophie, physique et science-fiction.

Contrairement aux récits d’anticipation plus anciens qui privilégiaient des histoires situées dans des époques futuristes trés lointaines, le genre « Cyberpunk » a considérablement rapproché de notre époque le théâtre de ses récits. Cette anticipation, plus réaliste diront certains, s’est ingéniée à extrapoler les conséquences directes des innovations technologiques, de l’urbanisation, de l’émergence des sous-cultures et dans un certain sens, de la globalisation. On se souvient du « Neuromancien » de William Gibson, qui nous présentait un monde tellement proche du nôtre,  avec toutefois la particularité de permettre grâce aux progrès de l’informatique le voyage virtuel, métaphore de cette globalisation quasi systématique où les technologies marquent de leurs empreintes la manière même de concevoir le monde.

Nous étions alors en 1984. Internet n’était encore qu’un outil assez confidentiel à l’usage des militaires mais dans l’esprit de Gibson, le changement de paradigme que cette invention allait provoquer était déjà limpide: Le flux de l »information devenait en soi la nouvelle déité. Comme le sugéraient déjà les Taoïstes il y a 3000 ans, l’intéraction entre les hommes est, dans une perspective ontologique, plus importante que les hommes en tant qu’individus.

A l’aube des années 70′, Paul Watzalwick dans sa « Logique de la communication » déclarait que pour comprendre la communication, ce n’était pas tant le signe qu’il fallait étudier, c’est à dire le contenu de la communication, mais bien la relation entre l’émetteur et le récepteur, c’est à dire leur interaction. Là serait une des clés nous permettant une meilleure  compréhension humaine. Selon ce schéma, l’homme en tant qu’individu n’existe pas en tant que tel. Il ne serait que le produit de ses interactions.

Si nous franchissons un pas de plus, nous pourrions dire que ce n’est pas l’homme qui crée la culture mais la culture qui crée l’homme. En effet, étant donné que le seul moyen que celui-ci possède  pour évoluer est l’imitation, c’est à dire le fait de s’approprier ce qu’on appelle les Mèmes, alors le flux d’information disponible est le seul garant de cette évolution. L’invention n’existe pas. La spontanéité non-plus. Une science s’est même créée dès le début des années 80. Il s’agit de la mémétique. Sur Wikipédia nous pouvons lire à son sujet:  » Si la génétique se base sur le concept de gène, pour étudier la nature, la mémétique se base sur le concept de mème, pour étudier la culture. Le mème  peut se définir comme un élément d’une culture pouvant être considéré comme transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation« . Les neurosciences, avec les découvertes des neurones-miroirs, ces cellules actives dans l’apprentisage de certains processus cognitifs liée à l’empathie,  vont encore plus loin. Selon certaines théories, notamment celles de René Girard et Jean-Pierre Dupuy, le désir par exemple ne serait que le produit de l’imitation du désir observé chez l’autre. Un autre renversement de perspective plutôt audacieux.

Que dire alors de la physique quantique qui nous apprend elle-aussi, comme le disait le physicien américain Fritjof Capra que:  « L’Univers apparaît […] comme une trame d’événements interconnectés; aucune des propriétés d’une partie de la trame n’est fondamentale : elles sont toutes générées par les propriétés des autres parties. Enfin, ce sont les interrelations des parties qui déterminent la structure de la trame entière« .

Où tout cela nous mènera, je ne saurais le dire. Toutefois ce qui est sûr, c’est que pour les amateurs de  sciences-fiction s’ouvre tout un pan inexploré propice à l’anticipation la plus folle.

Strange Fiction

L’exploration des mondes parallèles, des dimensions cachées, du cyberspace ou des contrées oniriques fait depuis bien longtemps partie du menu que nous propose la littérature fantastique. On retrouve ce type d‘expérience littéraire sous les termes génériques de « science-fiction » et d’«  Heroic-Fantasy » et chacun d’entre eux se décline en une série impressionnante de sous-genres (hard science, sword and sorcery, cyberpunk, space opera, steampunk, etc). Pourtant, rares sont les auteurs qui ont accepté de plein gré cet étiquetage réducteur qui a toujours eu des visées plus mercantiles que le soucis réel de définir un genre.

Récemment, un jeune auteur écossais, Hal Duncan, a utilisé le terme de « Strange Fiction ». C’est tellement simple, tout en étant suffisamment vague qu’on se demande pourquoi nul n’y avait songé plus tôt. Cette appellation a également l’avantage d’englober dans son giron et de faire figurer côte à côte des auteurs comme Maupassant, Joyce, Kafka, Borges, Cortazar et Garcia Marquez avec par exemple Philip K Dick, William Gibson, Haruki  Murakami, Jeff Noon, Hal Duncan et pourquoi pas ….. la Bible!

Bien sûr, la notion d’étrangeté serait à définir mais le plus important est que cette pirouette syntaxique de Duncan permet de réhabiliter des œuvres considérées jusque là comme secondaire.

Le lecteur  ne se rend peut-être pas compte de l’importance de cet étiquetage pour la diffusion des œuvres. Pourtant, ce vocabulaire qui classe, range et catégorise à tour de bras conditionne bel et bien notre représentation d’un auteur et son analyse. Ayant classé cette article sous l’onglet « Science Fiction », je n’échappe pas à la règle. (NDLA:j’ai modifié depuis cet onglet en lui préférant le terme « Galaxie sociale »).

On sait depuis Einstein que les résultats de toutes recherches scientifiques  sont conditionnés par ce que veut trouver le chercheur. La grande part de subjectivité de l’analyste n’est plus à mettre en doute. Des balises comme  » heroic fantasy » ou  « cyberpunk » vont conditionner le critique sur non seulement ce qu’il pense qu’il va trouver dans le livre mais aussi sur sa manière de l’analyser.

Alors le Nobel de littérature pour Franck Herbert et le Goncourt pour Jodorowsky, est-ce possible ?

Peut-être dans une autre dimension…

Micronautes

Entre 1976 et 1981 l’on pouvait voir sur les étalages des magasins de jouets une série particulièrement attrayante au nom évocateur de « Micronautes ». Je vous passe le volet nostalgique que je peux ressentir à la vue de ces jouets pour plûtot aborder un sujet qui me tient à coeur et qui dans une certaine mesure est lié à cette gamme de produit. J’ai nommé: l’inspiration d’une narration intérieure.

En effet, les « micronautes », ces personnages de science-fiction, étaient sans histoire, sans passé, bref, sans contexte. Il ne restait au gamin de 6 ans que j’étais que de m’inventer leur saga en m’inspirant du design de la gamme, du nom des personnages mais surtout de ces petites phrases qui agrémentaient les emballages et qui constituaient pour moi les seuls indices « archéologiques » de l’existence du « Microvers ».

C’est comme ça que débuta peut être ma première tentative de narration continue, en me contant les histoires à moi-même de ces personnages aux noms accrocheurs tel le Time Traveller, le robot Biotron, l’immaculé Force Commander ou encore du Pharoid muni de son sarcophage temporel.

Il est intéressant de remarquer comment le choix des mots va orienter le scénario. Quand il était question de slogan tel « Micropolis, the building set that never stops growing « mes histoires se contentaient de faire voguer des voyageurs temporels dans leurs véhicules étranges, tels le « Rhodium Orbiter » ou le « Neon Orbiter », jusqu’aux confins de la galaxie. Mes micronautes échangeaient leur cerveau détachable comme on partagerait un pique-nique entre amis.  Je m’inspirais des noms évocateurs tels la « Stratastation »,  » l’Astrostation » ou encore la « Microrail City » pour bâtir des scénarios de science-fiction enfantine.

Et puis les mots sur les boîtiers régressèrent. Il était désormais question de « Battle Cruiser », de « Satellite Survey Station » et de « Galactic Warrior ».

Le poids des mots…

 Les personnages quant à eux s’équipèrent de missiles, d’épées et de rayon laser.

…le choc des photos.

L’orientation de mes scénario devint binaire et il ne fut question que d’explosions, de guerres stellaires et de destructions massives.

Plus tard, l’éditeur « Marvel » publia un comics s’inspirant de ces jouets. Un comics ou la guerre était à l’honneur…

Le fil rouge du Cyberpunk

On ne présente plus ce courant de la littérature de science-fiction né au début des années 80 mais qui avait déjà de profondes racines dès l’avènement de la décennie précédente, et en tout premier lieu dans le chef de Philip K Dick..

En gros, le Cyberpunk, c’est un avenir bien plus proche qu’on ne le croit, plus ancré dans notre quotidien, mais un quotidien décalé, où la technologie prend une dimension si importante qu’elle finit par redéfinir l’Homme et son environnement, l’Homme avec son identité.

Que ce soient des implants cérébraux, des prothèses cybernétiques ou encore des voyages virtuels dans les réseaux des ordinateurs, tels sont les ingrédients du Cyberpunk. Sans faire l’impasse sur l’environnement bien souvent noir et décadent de ces nouvelles sociétés de l’information, avec leur lot de désenchantements et de dérives. Tout cela est présenté bien souvent dans un style haché, télégraphique qui colle bien avec ces époques que les auteurs nous décrivent.

Un fil rouge « très large » pour s’y retrouver: Tout d’abord le « Dr Adder » de KW Jeter. « L’ orbite déchiquetée et « Tous à Zanzibar » de John Brunner.

Les années 80 débutent avec « Fragment en verres miroir  » de Bruce Sterling, l’anthologie qui a véritablement donné le nom a ce sous-courant littéraire et donné le coup d’envoi.

Ensuite viennent ceux qui ont donné leurs lettres de noblesse au Cyberpunk, c’est à dire William Gibson avec le « Neuromancien » et son recueil de nouvelles « Gravé sur chrome » ainsi que Walter John Williams qui un peu plus tard édite « Cablé », un classique du genre.

Une multitude d’autres auteurs se sont essayés au « Cyberpunk » avec plus ou moins de succès mais on notera surtout un nom: Neal Stephenson qui avec beaucoup de brio conclut en quelque sorte le genre avec son « Samouraï Virtuel » sortit au début des années 90.

Le congrès de futurologie.

Ce petit roman d’anticipation de 150 pages mériterait d’être lu simplement pour ces 30 dernières pages. Stanislas Lem nous racconte comment un futurologue au seuil de la mort est congelé durant plus de 60 ans. A son réveil, guérit, il découvre un monde insoupçonné, où la psychochimie règne sans partage et procure aux citoyens le moindre de leur désir sous forme de pillule. Peu à peu, notre protagoniste va découvrir la face cachée de cette civilisation sans armes, sans peur …et sans lendemain.

Cette (anti) utopie est à mettre en parallèle avec bien entendu 1984 de Orwell, le meilleur des mondes de Huxley, Farenheit 451 de Ray Bradburry et, moins connu peut être, l’oiseau d’amérique de Walter Tévis.

A la différence toutefois qu’ici, la priorité est à l’humour et ce malgré les questions essentielle, que soulève Stanislas Lem.