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Archive pour août 2008

Strange Fiction

L’exploration des mondes parallèles, des dimensions cachées, du cyberspace ou des contrées oniriques fait depuis bien longtemps partie du menu que nous propose la littérature fantastique. On retrouve ce type d‘expérience littéraire sous les termes génériques de « science-fiction » et d’«  Heroic-Fantasy » et chacun d’entre eux se décline en une série impressionnante de sous-genres (hard science, sword and sorcery, cyberpunk, space opera, steampunk, etc). Pourtant, rares sont les auteurs qui ont accepté de plein gré cet étiquetage réducteur qui a toujours eu des visées plus mercantiles que le soucis réel de définir un genre.

Récemment, un jeune auteur écossais, Hal Duncan, a utilisé le terme de « Strange Fiction ». C’est tellement simple, tout en étant suffisamment vague qu’on se demande pourquoi nul n’y avait songé plus tôt. Cette appellation a également l’avantage d’englober dans son giron et de faire figurer côte à côte des auteurs comme Maupassant, Joyce, Kafka, Borges, Cortazar et Garcia Marquez avec par exemple Philip K Dick, William Gibson, Haruki  Murakami, Jeff Noon, Hal Duncan et pourquoi pas ….. la Bible!

Bien sûr, la notion d’étrangeté serait à définir mais le plus important est que cette pirouette syntaxique de Duncan permet de réhabiliter des œuvres considérées jusque là comme secondaire.

Le lecteur  ne se rend peut-être pas compte de l’importance de cet étiquetage pour la diffusion des œuvres. Pourtant, ce vocabulaire qui classe, range et catégorise à tour de bras conditionne bel et bien notre représentation d’un auteur et son analyse. Ayant classé cette article sous l’onglet “Science Fiction”, je n’échappe pas à la règle.

On sait depuis Einstein que les résultats de toutes recherches scientifiques  sont conditionnés par ce que veut trouver le chercheur. La grande part de subjectivité de l’analyste n’est plus à mettre en doute. Des balises comme ” heroic fantasy” ou  ”cyberpunk” vont conditionner le critique sur non seulement ce qu’il pense qu’il va trouver dans le livre mais aussi sur sa manière de l’analyser.

Alors le Nobel de littérature pour Franck Herbert et le Goncourt pour Jodorowsky, est-ce possible ?

Peut-être dans une autre dimension…

La noosphère vue par les Vénusiens.

La noosphère, ça vous dit quelque chose ?  Non ? Et bien c’est un terme inventé par Vernadsky et développé par Pierre Teilhard de Chardin.

Commençons par le début car ce qui va suivre pourrait  sembler quelque peu abstrait.

La lithosphère (ou géosphère) est l’ensemble de la masse inerte (pierre, terre, etc.),  la biosphère l’ensemble de la masse vivante. Plus récemment, on a parlé de sociosphère, c’est-à-dire l’ensemble des interactions entre organismes vivant (communication humaine et écologie). En suivant ce raisonnement, on peut sans trop de difficultés imaginer la noosphère, c’est-à-dire, au travers des langages et des idées, l’ensemble de l’activité intellectuelle humaine.

Si nous étions des anthropologues Vénusiens chargé d’étudier la Terre et ses habitants, on pourrait sans peine observer la lithosphère, la biosphère et la sociosphère (en imaginant que les Vénusiens utilisent des concepts similaires). Toutefois, le monde virtuel des idées  serait à jamais invisible et hors de leur portée. En tant qu’observateur extérieur, il est impossible d’imaginer qu’il existe un lieu, même virtuel, où siègeraient les idées et les concepts. Pourtant, bien qu’étant invisible même pour nous, en tant qu’être humain nous savons que ce monde existe (en effet, chaque jour nous pensons et raisonnons en compulsant et en articulant toute une série d’idée entre elles, une infime partie d’entre elles sont matérialisée par la communication et la création, les autres restent dans des zones obscures de notre cerveau, attendant le moment propice pour surgir ou disparaitre à jamais).

Vous me répliquerez sans peine que le cerveau humain ne peut être un tel lieu de globalité. Les idées contenues dans un cerveau ne sont qu’une parcelle par rapport à toutes celles émise sur Terre, hors nous parlons ici bel et bien de l’ensemble de l’activité intellectuelle humaine. Il ne faut donc qu’un pas pour imaginer ce qu’on appelle communément la « conscience collective », c’est à dire la noosphère ou “extelligence”.

 A moins d’être télépathes, les Vénusiens n’arriveraient jamais a de telles conclusions.

 Pour appuyer cette idée de noosphère, certains scientifiques parient sur le fait que l’augmentation des humains interconnectés entre eux par les nouveaux moyens de communication va amener l’humanité à un nouvel état physique (comme l’eau par exemple devient gazeuse si on la porte à ébullition). En effet, d’après la théorie des systèmes de Ludwig Von Bertalanffy , un système est supérieur  à la somme des parties qui le compose. L’idée de connecter toute l’humanité entre elle pourrait donc donner quelque chose de supérieur à la somme des hommes et des femmes qui la compose. D’où l’idée de conscience collective, ou noosphère, encore au repos actuellement. Cette idée n’est pas nouvelle mais l’apparition d’Internet, considéré comme le système nerveux de la noosphère, lui redonne son actualité.

Enfin, l’idée de noosphère fait également référence au concept de « convergence » de l’humanité (c’est-à-dire qu’inconsciemment, l’évolution de l’humanité, chapeauté par la noosphère, verrait ses aspirations converger vers un but commun. Sous le regard aguerri de nos anthropologues Vénusiens, notre chère humanité ne ressemblerait,  à l’aune des ces théories, qu’à une gigantesque ruche.

 Bref, toutes ces considérations, qui vont du gentil mysticisme au diktat de la science nous promettent d’ores et déjà un 21 ème siècle riche en découvertes les plus farfelues.  A quand la « noocratie » comme système d’organisation politique ? Certains y croient déjà.

Dans la lignée de la noosphère, il y a aussi la mémétique. Mais ça sera pour le prochain épisode…

 

 

Paramilitarisme en Ossétie et en Georgie.

Les projecteurs sont tous dirigés vers l’Empire du Milieux et ses Olympiades. Pendant ce temps, l’Ossétie du sud saigne, en proie aux cosaques, les milices irrégulières russophones, qui, sous protection de l’état major Russe, s’adonne aux pillages et aux exactions les plus sauvages. Le lieutenant Victor, un responsable Russe d’un Checkpoint, aurait parlé d’eux en ces termes: «On ne les laisse plus entrer dans Gori, ils ont un peu exagéré». Ce propos, émanant d’une personne du même camps, fait frissoner…

On ne sait pas encore ce qu’il se passe là bas, près de Gori, derrière les lignes de l’armée russes ; mais avec un peu d’imagination, on peut sans peine se représenter le cauchemar qui se joue.

En effet, si les journalistes ont pu sans peine passer par les territoires contrôlés par l’armée Géorgienne, qui a bien retenu la leçon du parrainage étasunien concernant la « visibilité médiatique d’un conflit », il n’en va pas de même sur les territoires occupés, pour un certains temps soyons-en sûrs, par l’armée de Poutine.

Le paramilitarisme, quelque soit son nom (Autodéfense Unie, Oustakis, Cosaques, Escadron de la mort, etc.) a cette particularité de ne pas faire couler beaucoup d’encre. Dans les conflits armés, la presse les dépeint souvent comme des délinquants agissant pour leur propre compte, des mauvais garçons aux vils instincts qui se paieraient une bonne tranche d’adrénaline par le pillage, le viol et l’assassinat.

Toutefois, ne soyons pas dupes. Les armées régulières ont toujours entretenu ces « troupes clandestines » pour les basses besognes que les caméras ne leur permettent pas d’accomplir elles-mêmes.

Plutôt que de paramilitarisme, parlons plutôt de militarisme décomplexé… 

Salaud malgré vous….

Ca n’intéresse probablement personne mais un thème m’a toujours préoccupé: il s’agit de l’idéologie véhiculée, insidieusement ou non, consciemment ou  non, dans la littérature destinée aux plus jeunes.

Je pense évidemment à cette collection « le livre dont vous êtes le héros » puisque c’est elle qui dès l’âge de 10 ans m’a amené à découvrir la lecture.

Si on regarde les quelques 160 titres parus en français entre 1983 et 1995, on constate un dénominateur commun passablement nauséabond : l’apologie de la violence et de la morale guerrière.

Ce qui saute aux yeux dès l’ouverture de la plupart de ces volumes, c’est bien entendu la focalisation sur le « combat », pour une  « bonne » cause bien entendu.

Je ne vais pas me faire plus catholique que le pape et mon propos n’est pas de pourfendre les allusions à la violence qui parsèment les médias destinés aux plus jeunes. Le monde EST violent, et occulter ce constat par des créations littéraires au parfum d’eau de rose serait digne de la plus abjecte propagande.

Mon attention se porte plutôt sur la manière dont cette violence s’articule au sein de ces « livres dont vous êtes le héros », la façon dont elle est présentée, banalisée et justifiée.

Penchons nous sur les titres phares, ceux de la première époque, que nous devons à Steve Jackson et à Ian Livingstone: c’est peut être ceux qui sont le moins sous le feu de mes projecteurs critiques. En effet, l’histoire passe totalement au second plan et n’offre aucun souci de réalisme. Ce n’est qu’une succession de couloirs, de portes, de monstres (à tuer bien entendu) et de trésor à piller.

Au moins, les choses sont claires! Loin d’être intelligent, éducatif dans la mesure où ils ouvrirent une porte (encore une) vers la littérature, ces ouvrages sont plutôt d’innocents « jeux », et bons marchés de surcroit. Certes, la violence est présente mais les ennemis sont tellement désincarnés, dépourvus de toutes profondeurs et d’humanité (gobelin, troll et autre dragon issus tout droit du giron de Tolkien), que finalement ils  constituent un exutoire idéal à la violence juvénile.

Toutefois, au fil du temps, les séries s’affinent et s’étalent parfois sur plusieurs volumes, la continuité du récit renforçant le côté romanesque de la saga.  Cette évolution touche la forme des livres, qui évoluent en termes de jouabilité grâce aux nouvelles règles qui s’ajoutent, mais aussi dans la narration, mieux écrites et plus soucieuse de la cohérence de l’histoire.

Le summum du genre est atteint avec la série « Loup Solitaire », première en terme de vente parmi  les vingt séries publiées, où, n’ayant pas peur des mots, le héros proposé au lecteur n’est autre qu’un para-commando féodal, du genre «membre des forces spéciale version moyen-âge ».

Si le récit gagne en subtilité, en effet beaucoup plus de soin est apporté à la narration, son corollaire qui caractérise tout livre dont vous êtes le héros, c’est-à-dire le « combat », s’affine également et est bien souvent justifié de manière fort douteuse.

Ici commence le festival propagandiste royaliste et conservateur « made in England ».

Les rois sont bien entendu bons et sages et en tant que héros, c’est à vous qu’il incombe de mater toutes velléités qui s’opposerait à ce constat. En effet, c’est bien souvent au service d’un roi que vous mettez votre bras (armé bien entendu) à disposition.

Le patriotisme est bien entendu très présent et il n’est pas rare de lire des passages où le héros que vous incarnez verse une larme à la vue de son cher drapeau. Comme nous les montre les manifestations publiques en Angleterre, les Britanniques tiennent à leur drapeau, l’Union Jack. De la part d’une nation qui étendit son emprise sur le tiers de la terre, ceci expliquerait cela. Passons.

Un autre détail que j’ai découvert dans ces récits : le recours à la torture. Dans le feu de l’action, peut-être pour apporter un peu d’”originalité” au récit, et bien il  est  proposé au lecteur-joueur de tirer les vers du nez, de manière « musclé », à un prisonnier. Voici le passage en question, tiré du livre « Down of the dragons » de Joe Dever : 

« Inconscient, l’homme pend mollement au bout des lourdes chaînes qui relient au mur ses poignets encroutés de sang, et son corps émacié porte des traces évidentes de récentes tortures. Pour le réveiller, le geôlier bedonnant s’empare d’un baquet d’eau croupie dont il lui asperge le visage. Soufflant et crachant, votre assassin présumé reprend ses esprits. (…)-«  C’t un vrai dur, çui –là. Je vous jure que je m’en suis donné de la peine pour y faire cracher le nom du fils de chien qui l’a payé, monseigneur, et je connais mon boulot. Mais rien de rien, j’ai rien pu tirer d’cette foutue tête de bourrique ! » Sur ces aimables paroles, le gros gardien saisit une paire de tenailles dont les longs manches émergent d’un brasero fumant. « P’têt ben qu’vous voudrez essayer de l’faire chanter vous-même, messire ? » dit-il avec un sourire torve en vous tendant les monstrueuses pinces chauffées au rouge. – « Merci bien, mon brave », répliquez-vous. « J’ai bien quelques petites questions à poser à cet homme mais je ne crois pas que cet instrument sera nécessaire. Je préfère utiliser mes propres méthodes. »

 Pas d’inquiétude, ça sera fait proprement : Le défenseur des vieilles traditions que vous incarnez va tout simplement user de ses pouvoirs magiques pour faire parler l’affreux comploteur, histoire de ne pas se salir les mains.  Ou comment justifier la torture avec un cachet politiquement correct…. Ces livres étaient tout de même adressés à des gamins de 10 ans!

A la lumière des valeurs véhiculées dans les jeux vidéo (apologie du militarisme, de la guerre et de la violence) l’exemple ci-dessus est peut-être anecdotique  mais il préfigure un état d’esprit bien ancré dans un conservatisme à peine voilé.

Lorsqu’on sait que Ian Livingstone est devenu en 2000 Docteur honoraire de l’université d’Abertay Dundee pour je cite « Service rendus au monde du jeu vidéo » et qu’en 2006 il est fait membre du très select « Order of British Empire », cela laisse songeur…

Le coût de la vie.

On ne parle que de l’étude Mercer sur le Net. Ce sujet fera donc peut être grimper les statistiques de mon blog. La prochaine fois, je parlerai des jeux olympiques de Pékin …juste au cas où…

Bref.

Selon une récente étude faite par  le cabinet de consultants Mercer, Moscou serait cette année la ville la plus chère du monde.  Elle serait suivie de très près par Tokyo, a qui elle a ravi son « titre », ensuite viendrait Londres, Oslo et Seoul. D’après cette étude, les villes les moins chères seraient toutes Latino-Américaine : Montevideo, Buenos Aires et Quito arrivent dans le bas de la liste.  Asuncion  au Paraguay obtiendrait la palme de la ville la moins chère. L’étude ne porterait que sur 147 villes, toutes  d’importance au niveau démographique.

Les paramètres utilisés pour cette enquête se basent sur les prix du tabac, de l’alcool, des vêtements, de la nourriture, de l’immobilier, de l’accès aux sports, des transports et bien sûr des soins de santé.

Toutefois, il faut à mon sens mettre à un bémol à la fiabilité d’une telle entreprise.  On pourrait me croire atteint d’un accès d’outrecuidance mégalomaniaque qui friserait l’indécence pour oser ainsi braver l’expertise de tels spécialistes. Néanmoins je me permets de rappeler que cette enquête concerne en premier lieu les expatriés, c’est-à-dire des personnes bénéficiant d’un travail largement rémunéré, ayant l’habitude de fréquenter les grandes chaînes d’hôtels internationales, et surtout vivant de manière occidentale, c’est-à-dire en fréquentant des clubs sportifs, des bars privés, des discothèques et des restaurants chics et s’habillant plutôt chez Dior que chez le tailleur de la Médina du coin.

Sous cet angle, Moscou serait peut être bien la ville la plus chère… surtout si le whisky s’achète au comptoir côté piscine de la Private Party du coin. Point de vue transport, un taxi de Tokyo est sûrement plus onéreux qu’un métro à Mexico et les soins de santé de la clinique du quartier des coopérants de Lagos au Nigéria  aura sûrement, pour le malade de l’hôpital publique de New-York, des tarifs à faire dresser ses cheveux sur sa tête. Et puis peut-être qu’un hôtel  4 étoiles de Séoul endommagera plus le portefeuille qu’un 5 étoiles de Berlin…mais est-ce bien une comparaison fiable quand on parle du coût de la vie. Dans un cas comme dans l’autre, il existe une multitude de bouis-bouis et autre gargote bon marché pour qui sait les trouver, encore faut-il vouloir prendre la peine de les chercher, pour peu que leurs existences aient germé dans l’âme de ces chercheurs.

Ce qui s’esquisse à travers mon pamphlet, c’est la conclusion qu’à travers ces résultats, on voudrait nous faire croire à une réalité objective et chiffrable. C’est bien évidemment sans compter les quartiers populaires. Chez Mercer, on ne s’aventure pas trop dans les quartiers qui sentent, dans les quartiers qui suent dans les quartiers qui triment. Un choix méthodologique peut être.

Pourtant ceux-ci forment encore la majorité des lieux, en superficie et en population j’entends, de la plupart des mégapoles. Lorsqu’on lit les commentaires de l’agence Mercer, où la classification « positive » est liée au côté onéreux de la ville (on aurait pu se demander pourquoi pas un top 50 des villes les moins chères, où Asuncion se disputerait la place avec Quito et Buenos Aires…), on se rend compte qu’il s’agit bien d’un classement fait à partir d’une standardisation des habitus de la classe dominante. Nous sommes ici dans la “logique du luxe” où la  Jet Set plus que tout autre marque de son empreinte l’aura de la ville… et la recherche qui s’y rapporte.

Tout cela n’est pas bien nouveau, mais la candeur avec laquelle la plupart des médias nous présente cette étude fait sourire et nous renvoie à la sentence de toute époque : l’ethnologie d’un peuple s’est toujours faites au travers de sa classe dominante. En ce sens, pour les sceptiques de tout poil, il est grand temps de se pencher sur le concept de de la ”lutte des classes” qui de Marx à Bourdieu en passant par Badiou, éclaire d’une étincelante lumière “l’inexprimable” contenu dans cette enquête.

 

Le site de l’enquête: http://www.mercer.com/costofliving#Cost_of_living_top_50_cities

Un autre article sur les villes (qui n’a rien avoir mais qui est très sympa): http://manosuelta.wordpress.com/2008/06/27/las-10-ciudades-mas-contaminadas-segun-popsci/