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Archive pour juillet 2008

Babel Street

 

 

En 1963 Julio Cortazar publie  « Rayuela » (Marelle), un épais roman qui avait la particularité de donner au lecteur le choix de ne pas suivre l’ordre chronologique des pages mais plutôt de sauter de paragraphes en paragraphes selon un autre ordre donné par l’auteur. Ce cheminement, tout en donnant une part plus active au lecteur, lui faisait bénéficier de chapitres supplémentaires. En effet, le livre lu chronologiquement, qui s’arrêtait au deux tiers du roman complet, offrait moins de détails sur les pérégrinations mentales de Horacio Oliveira.et de son double littéraire.

 

En 1967, Raymond Queneau présente son « Conte à votre façon » qui permet au lecteur de construire lui-même sa version du conte en choisissant à chaque étape une des solutions proposée.

 

En 1969, Edward Packard écrit  « Sugarcane Island », un récit d’aventure pour enfant écrit à la deuxième personne où le lecteur pouvait choisir plusieurs options quant au déroulement de l’histoire. Cette interactivité offerte au lecteur n’enthousiasma pas les éditeurs puisqu’il fallut attendre 1976 avant de le voir édité sous le label « Adventure of you ».

 

Devant le succès du concept, d’autres collections mineures (Choose your own adventure, Buffalo Castle, Endless Quest, etc.) virent le jour mais c’est véritablement en 1982 que le genre connu un succès mondial grâce aux anglais Ian Livingstone et Steve Jackson. Leur passion pour les jeux les amena à inclure une dimension  plus ludique à ces récits interactifs en y insérant quelques règles simples nécessitant l’usage de dés. C’est ainsi que naquit en août 1982 « Warlock of the firetop mountain» qui enthousiasma des dizaines de milliers de jeunes adolescent en les initiant pour beaucoup d’entre eux aux mondes imaginaires de l’Heroic-Fantasy en même temps qu’à la lecture.

 

Avec les années 90 on assista à l’expansion de l’industrie des jeux vidéo provoquant par la même la désuétude du « livre-jeu ». Les ventes chutèrent et ces livres finirent par disparaître de la circulation.

Aucun écrivain notable ne reprit en main le concept, jugeant sans doute qu’il était trop lié à la littérature enfantine et pré-adolescente. Pourtant, avec l’avènement d’internet et les possibilités de diffusion intrinsèque qu’il recèle, on aurait pu s’attendre à ce que tôt ou tard, la littérature interactive refasse son apparition.

 

 C’est désormais chose faite avec « 217, Babel Street, an evolving web of stories », le projet du quatuor anglais formé par Susanna Jones, Alison MacLeod, William Shaw et  Jeff Noon.

Le concept du site est simple : Un immeuble avec 20 appartements avec autant de familles, leurs joies, leurs déboires, leur vie. La première page se présente sous la forme d’un tableau à sonnette avec les noms de tous les locataires. On clique au choix sur un nom ou sur la porte d’entrée pour débuter la lecture. 

L’originalité est lié au fait que les 4 auteurs écrivent leurs histoires indépendamment les uns des autres, mais en les reliant entre elles grâce des mots clé faisant office de liens hypertexte. Cette liberté de navigation à travers le récit nous rappelle les livres-jeu auxquels se rajouteraient  la rupture de la lecture linéaire au profit d’une lecture circulaire. En effet, les entrée dans le récit sont multiples, l’histoire est parfois redondante mais cette seconde lecture offre parfois de nouvelles perspectives inattendues.

 

Où cela conduira-t-il ? Tout dépend du bon usage du médium « hypermédia » mais le concept semble prometteur et souligne que la littérature peut se prévaloir d’un nouvel allié technologique dans l’élaboration et la conception de nouvelles formes de diffusion. Si le média EST le message, comme le souligne Marshall  MacLuhan, alors nous sommes peut être devant une nouvelle mise en forme des idées. 

Un peu de para-histoire…

 

Les cellules de planification mutante et non-mutante datent de la Pré-république, quelques décennies à peine après  la dernière Guerre Psychique  (30914-30918).

 Dans cette époque lointaine, (la transmigration de matière n’était encore qu’à ses balbutiements, c’est vous dire si ça date !) quelques personnages sans envergure notable décidèrent qu’il fallait vaincre l’appréhension de la population  à l’égard des unions mixtes inter-espèces.  Ce mouvement était tout à fait avant-gardiste . En effet, nul n aurait oser imaginer voir des progénitures nées d’un Vulcain et d’une Spacienne, et moins encore celles d’un terrien Alpha avec une Filandreuse de Mars. Pourtant, ce combat progressiste qui fut mené avec un acharnement militant et dévoué, fit vaciller les fondements inégalitaires du régime des  ploutocrates qui régnaient alors sur les Multitudes Intersidérales.

 

Les évènements débutèrent lorsque Rosaparx, citoyenne terrienne Alpha refusa de prendre place à l’arrière d’une navette d’un  long courrier CMP (Consortium de Migration Publique) et s’obstina à siéger dans le compartiment d’apesanteur réservé aux larves décérébrées d’Atlantis (il était convenu à l’époque que les décérébrés étaient des privilégiés. C’est d’ailleurs de leurs rangs qu’étaient issus les grands dirigeants des Multitudes).

 

Face à ce manquement à la légalité, il fut décidé de la désintégration immédiate de la coupable. Fort heureusement, un gynédroïde identifié comme étant Sim-One Veil s’interposa avec succès. Un autre passager présent, qui devint plus tard le célèbre Psycho-Pape Luther Martin dit «  le Roi », s’inspira de cet évènement pour rallier les foules derrière lui avec sa phrase célèbre : j’ai fait un rêve (cette affirmation semble douteuse au vu des quantités de psychosomnifères qu’ingurgitaient en ces temps-là chaque citoyen…)

 

L’affaire prit une tournure intergalactique: Ce qui au départ fut une simple revendication du droit à aimer son prochain et à être son égal (peu importe qu’il ait des pseudopodes, un cortex ventral où un appendice quodal) ce mouvement de prostestation raciale devient très vite une guerre de classes:  Partout, les peuples réprimés s’érigèrent contre l’ordre établi  et l’on vit d’un jour à l’autre l’Homo-Atlantis perdre sa suprématie !

Un Centauride du nom de Ned Ludism, nannotechnicien chez Mirrorsoft, brisa des consoles et des terminaux en guise de révolte, donnant par la même naissance au mouvement Luddisme. Partout, les classes laborieuses qui suaient sang et eau sur les moyens de productions, mais n’en recevaient aucun dividendes, l’imitèrent et provoquèrent la consternation des ploutocrates (à leurs yeux casser des machines était un manquement certain de courtoisie et d’éducation).

Thor Nesmakhno, un leader des Manouvriers Cyriliques, tout près de Sirius, se fit remarquer par son indépendance et son refus de toutes concessions. Il prit même les armes contre ses  alliés, les fameuses Légions Ecarlates (par opposition aux Phalanges Immaculées qui furent sous les ordres des ploutocrates) . Il devint pour plusieurs génération la figure de l’insoumis, donnant même son nom à un célèbre groupe de rock.

Un autre insoumis, cité par Carlos Engelsmarx, qui marqua aussi cette période de trouble fut le fameux Tom Hassmunzer, et sa cohorte d’anabaptistes. Ces religieux plus réformateurs encore que les réformateurs les plus  zélés de ces temps-là, n’hésitèrent pas à prendre les armes pour fonder leur propre colonie spatiale : Gomorrhe. Elle fut malheureusement totalement rasé par les troupes Téléréactionaires du Zélote Georgio Boutche. 

 Une acalmie suivra, mais elle sera de courte durée.

 En effet, un évènement anodin provoquera la Grande Réforme, celle que les Multitudes attendaient: Elle se fit jour lors des batailles dites “des barricades” (du nom de la chaîne de météores qui entoure Acturus) au mois de mai 30968. En effet, Gui du Bord, fervent lecteur de Carlos Engelsmarx, critiqua ouvertement l’organisation des Multitudes en les qualifiant de “société du spectacle et de l’aliénation”. Ce slogan suffira à enflammer les jeunes générations aisées, jusque là restée très distantes face au conflit, et à donner une nouvelle impulsion à la révolution.

C’est exactement à ce moment que les gynédroides Sim-One Veil, déjà citée, et Sim-One Deb-Ovoir  parvinrent par obtenir une législation applicable à toutes les femelles reproductrices de la Multitude, quels que soient leur code génétique, et qui leur permettaient de disposer de leurs corps et de leur ADN comme bon leur semble. C’est ce qui donna naissance, nous y voilà enfin, aux Cellules de planification Mutante et Non-Mutante, c’est à dire à ces lieux d’ouverture sexuelle, de respect pour l’altérité, de prévention contre les infections sexuellement transmissibles, de protection contre les violences conjugales, de promotion des moyens de contraception et d’informations sur la planification des naissances et sur le droit à l’avortement, qu’elles soient intra ou extra-utérines.

Certes, si certaines  de ces figures emblèmatiques sont devenues plus tard de pleutres bureaucrates ou d’arrogants rentiers  prêchant le dicton moderne: “Ne faites pas la révolution, vos grands-parents l’ont faites avant vous”, il n’en reste pas moins qu’ils nous ont donné sujet à de belles histoires…

 

1980

Changement de ton dans ce troisième opus du Red Ridding Quartet. Un rythme plus posé et un seul personnage: Peter Hunter, directeur adjoint de la police de Manchester, chargé d’enquêter sur les procédures utilisée par la police du West-Yorkshire, procédures qui n’ont toujours pas permis l’arrestation de l’Eventreur du Yorkshire.

Un flic qui enquête sur d’autres flics… Au royaume des pourris y aurait-il un Saint? Un Saint Con plutôt, dixit l’auteur…

Bref, des pans du voile se lèvent. Des références aux années 1974 et 1977 parsèment le récit. Un personnage clé y refait son apparition. Par le biais de rapports d’enquête, on suit la chronologie macabre des six années précédentes. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas: David Peace est quelque part un imposteur: ses polars ressemblent à s’y méprendre à des films d’horreur où la qualité de la trame est sous-traité en faveurs de l’atmosphère qu’il nous a brillamment concocté, en tout cas c’est ce qu’il ressort de l’épreuve de ce livre. A moins que la conclusion (attendue avec le dernier volet:1983) soit le théâtre d’un spectaculaire retournement de situation, on pourrait penser jusqu’ici que beaucoup d’éléments restent dans l’ombre, pour la plus grande frustration du lecteur.

 

Robot, cyborg et androïde.

En 1949, Isaac Asimov publie un recueil de nouvelles intitulé « I, robot ». C’est la première fois que le thème des robots prend place dans la conscience populaire avec une telle ampleur. En effet, même si ce sujet  n’était pas nouveau,  il sera cette fois popularisé grâce à la large diffusion du livre d’Asimov et au fait qu’au même moment, Norbert Wiener participe aux  conférences de Macy qui déboucheront en 1950 sur  la « Cybernétique ».

 La représentation de ces  nouvelles technologies porteuses d’espoir  après le traumatisme de la deuxième guerre mondiale, a peu à peu  envahi notre microcosme culturel via des médiums aussi divers que la télévision, le cinéma, l’illustration la musique ou la littérature.

Ainsi par exemple, l’Intelligence Artificielle (IA) est un des nombreux thèmes du film « 2001, a space odissey » de Stanley Kubrick. Dans un autre registre, on se souviendra aussi de la série télévisée « 6 millions dollars man » où Lee Major interprétait un colonel de l’armée auquel on avait greffé 2 jambes, un bras et un oeil bionique. Un peu plus tard, Kraftwerk sort son morceau « We are  the robots » et en 1978 « Goldorak » fait son apparition sur les écrans en France. Une véritable robomania s’installe et va écumer  pour plusieurs années la presse et le paysage audio-visuel .

En 1982, l’illustrateur Japonais  Sorayama édite sa série d’illustrations « Sexy robot », donnant une nouvelle dimension, sous le signe d’Eros cette fois, à cette fascination pour l’anthropomorphisme technologique. En 1984, le groupe Queen sort son morceau « Radio ga ga », qui utilise comme support visuel  des scènes du  film « Metropolis » de Fritz Lang , long métrage du cinéma muet qui reprit à son compte l’imagerie de la machine vivante, du robot, de l’intelligence artificielle. Dans la même période,  une littérature de science-fiction dites « Cyberpunk » arrive à maturité, et publie des récits où la question de la frontière de plus en plus floue entre l’humain et la technologie est largement posée. Ce thème sera mis à l’écran en 1988 avec le film « Tetsuo » de Shynia Tsukamoto, fable horrifique sur la fusion d’un homme et d’une machine. Bref, il serait trop long de faire une liste exhaustive des oeuvres mettant en scène de manière esthétique ou conceptuelle le fameux “cyborg”, c’est à dire l’homme amélioré par la technologie.

Bien entendu, toutes ces œuvres sont totalement disparates et ne reflètent pas une idéologie précise. Le robot, l’intelligence artificielle et leurs interactions avec les humains sont parfois critiqués, parfois applaudis ou encore utilisés comme métaphore d’un fait social particulier. Quoiqu’il en soit, l’imagerie quant à elle, puisque c’est de cela qu’il est question ici, est bien présente et débouche aujourd’hui inévitablement sur des références ancrées dans notre conscience collective.

A ce titre, une étape importante dans la fusion humain-machine vient ainsi d’être réalisée par le Rehabilitation Institute of Chicago. En effet, un bras entièrement bionique a été greffé à Claudia Mitchell, une ancienne Marines victime d’un accident de moto. Non seulement les branchements du bras sont directement reliés à son système nerveux (ce qui lui permet de le bouger  par un simple ordre mental) mais surtout, ce bras entièrement synthétique lui permet de ressentir les sensations du toucher grâce à des connexions nerveuses.

Au Japon, le ministre  de l’économie du commerce et de l’industrie décerne chaque année un prix aux meilleurs  robots dans diverses catégories professionnelles (médicale, ménagère, industrielle, etc.) montrant par là même que le robot devient symboliquement  un acteur de plus en plus autonome et « personnalisé ».

Enfin, aujourd’hui une appellation telle le Cyber-sexe est devenue anodine et concerne bien une fusion Humain-machine. Un nombre croissant de sociétés investissent aujourd’hui dans la recherche et la création d’androïdes et de gynéides voués à devenir des partenaires sexuels.

On le constate, l’ampleur du phénomène influe aujourd’hui sur les priorité des recherches scientifiques qui sont largement influencées par cette imagerie du robot. Le rapport étroit humain-machine est  devenu indubitablement une référence qui dépasse le champ culturel pour entrer aujourd’hui dans le champ organisationnel de nos sociétés.

Ambulatoire.

A Bruxelles (Bronx-Hell pour les intimes), sévit dans les eaux glauques une bien curieuse pieuvre que l’on nomme communément (en baissant la voix et en jetant des regards apeurés alentours)  ”Le secteur non-marchand”…

Gouffre budgétaire pour certains Oligarques du Plat Pays, noyau de résistance pour ceux qui adressent en secret des prière aux Idoles du Secteur Public, cette créature polymorphe qui compte quelques milliers de fidèles a aujourd’hui bien malheureusement de nombreux détracteurs.

Pourtant, c’est grâce à ses tentacules dégageant d’âpres senteurs curatives que la majorité silencieuse vit un peu plus dignement les affres du quotidien.

Un des rejetons de cette créatures, à vingt milles lieues du projecteur des médias nationaux, a pour épithète “Ambulatoire”. Sa définition dans le Grimoire est la suivante: Qui se pratique sans hospitalisation et permet au malade de poursuivre ses occupations habituelles.  On parle bien entendu  du fameux ”secteur ambulatoire”, dont moi-même, humble rédacteur de ces quelques lignes,  suis le dévoué contributeur.

Or, l’actualité bouge O mes Fidèles! Vendredi dernier, dans l’Octogone du Conseil des Sages Bronx-Hellois, siègeant au 69 rue du Lombard à 1000 Bronx-Hell, un vote historique a eu lieu!!! L’avant projet du décret de l’ambulatoire, proposé par les Stratéguerres Kir ( Partisan Solidaire) et Cerhexe ( Citoyen pour le Devenir Humanoïde) a été approuvé par le Collège des Francs.

 Il s’agit d’une véritable reconnaissance de ce secteur d’activité intergalactique (qui regroupe pas moins de 13 services spatiaux dont par exemple les fameuses Entités Médicales ou encore les Cellules de Planification Mutante et Non-mutante).

Mais,…(car il ya toujours un “mais” qui insidieusement est tapi dans l’ombre, profitant lâchement de nos sens engourdis…)  il y a un prix a payer…car cette reconnaissance qu’on a arraché  à nos diktateurs demokrats implique de plus lourdes responsabilités…

Il ne faut pas nous étonner dès lors qu’un surplus de contrôle de nos bienveillants dirigeants agrémente notre valeureux travail.

Mais pour cela, il nous faut attendre le prochain épisode…..

Tarnation

“Tarnation” (littéralement “damnation éternelle”) est le titre peu conventionel d’un documentaire qui l’est encore moins. Il s’agit du récit autobiographique de Jonatan Caouette qui au travers d’un patchwork de médias allant du film aux photos en passant par les enregistrements audio nous retrace sa vie mouvementée.

Une famille de la middle-class du Texas dans les années 80′  constitue le contexte du récit.  C’est dans cet environnement que Jonatan va connaître la douleur, et aussi apprendra à l’exorciser.  Dès sa petite enfance, il est arraché à sa mère jugée malade mentale. Il subira deux années durant les mauvais traitements de sa famille d’accueil avant d’être élevé par ses grands-parents. 

Dès l’age de 11 ans, Jonatan réalise des petits films où il se met en scène et où il capture des moments de la vie familiale. En filigrane de l’histoire, il y a son homosexualité, son instabilité mais surtout l’absence de sa mère. Cette mère qui sera internée en psychiatrie plus d’une centaine de fois suite aux traitements aux électrochocs que lui feront subir ses propres parents. Cette mère qui semble être la raison même du documentaire, la pièce centrale d’un échiquier complexe, cette femme qui a rompu le cycle des mauvais traitements mais qui en a payé le prix fort.

Grâce à elle, Jonatan se bat, parfois contre lui-même. Le document qu’il nous livre est en définitive la preuve de son acharnement à chercher sa place et son identité. En cela sa créativité, passant parfois par des canaux peu conventionnels comme le cinéma underground, l’opéra-rock où la confrontation directe avec sa famille, nous laisse pantois face à tant de courage.

Ce témoignage dérangeant aux allures exhibitionnistes, qui a été co-produit par Gus Van Sant, sera peut-être un précurseur dans sa manière qu’il a d’éclairer la face privée de nos sociétés occidentales.

1977

Deuxième opus du Red Ridding Quartet de David Peace. Une suite magistrale même si les pistes se brouillent de plus en plus. Le ton est à nouveau proche du désespoir. Les protagonistes vivent un cauchemar permanent et vont s’enliser jusqu’au cou dans ce qui pourrait bien être leur dernière “affaire”.

Les points d’interogations qui avait clôturés “1974″ restent en suspens mais l’auteur y fait référence, comme pour rassurer le lecteur et lui dire que le temps viendra pour déchirer le voile, ce voile teinté de sang et de larmes qui recouvre l’univers glauque de Leeds.

 Pas de répit pour Jack Withhead et Mike Frazer, tout deux personnages secondaires du premier opus et cette fois-ci au premier plan, unis par une même traque, celle de l’Eventreur du Yorkshire. Jack le journaliste, ancienne gloire de la presse locale, hanté par des fantômes et rongé par l’alcool, et Frazer le flic, tourmenté à l’idée que l’Eventreur pourait s’en prendre à la jeune prostitué qu’il protège et dont l’affection qu’il lui porte s’est muée en obsession.

Jack et Mike, unis aussi par leur passé car tout deux ont connu Eddie Dunford,  ce journaliste perturbé et personnage central de “1974″ qui illustra bien le dicton “Curiosity killed the cat”. Enfin, on l’espère, car dans le Yorkshire il est des choses pires que la mort…

David Peace pauffine son style. Les formules saccadées et le style agressif de sa plume rende l’atmosphère du livre lourde à souhait et illustrent à merveille jusqu’à quel point l’Homme est maître dans l’art de faire mal, dans l’art de SE faire mal…

Micronautes

Entre 1976 et 1981 l’on pouvait voir sur les étalages des magasins de jouets une série particulièrement attrayante au nom évocateur de “Micronautes”. Je vous passe le volet nostalgique que je peux ressentir à la vue de ces jouets pour plûtot aborder un sujet qui me tient à coeur et qui dans une certaine mesure est lié à cette gamme de produit. J’ai nommé: l’inspiration d’une narration intérieure.

En effet, les “micronautes”, ces personnages de science-fiction, étaient sans histoire, sans passé, bref, sans contexte. Il ne restait au gamin de 6 ans que j’étais que de m’inventer leur saga en m’inspirant du design de la gamme, du nom des personnages mais surtout de ces petites phrases qui agrémentaient les emballages et qui constituaient pour moi les seuls indices “archéologiques” de l’existence du “Microvers”.

 C’est comme ça que débuta peut être ma première tentative de narration continue, en me contant les histoires à moi-même de ces personnages aux noms accrocheurs tel le Time Traveller, le robot Biotron, l’immaculé Force Commander ou encore du Pharoid muni de son sarcophage temporel.

Il est intéressant de remarquer comment le choix des mots va orienter le scénario. Quand il était question de slogan tel “Micropolis, the building set that never stops growing “mes histoires se contentaient de faire voguer des voyageurs temporels dans leurs véhicules étranges, tels le “Rhodium Orbiter” ou le “Neon Orbiter”, jusqu’aux confins de la galaxie. Mes micronautes échangeaient leur cerveau détachable comme on partagerait un pique-nique entre amis.  Je m’inspirais des noms évocateurs tels la ”Stratastation”, ” l’Astrostation” ou encore la “Microrail City” pour bâtir des scénarios de science-fiction enfantine.

Et puis les mots sur les boîtiers régressèrent. Il était désormais question de “Battle Cruiser”, de “Satellite Survey Station” et de “Galactic Warrior”.

Le poids des mots…

 Les personnages quant à eux s’équipèrent de missiles, d’épées et de rayon laser.

…le choc des photos.

L’orientation de mes scénario devint binaire et il ne fut question que d’explosions, de guerres stellaires et de destructions massives.

Plus tard, l’éditeur “Marvel” publia un comics s’inspirant de ces jouets. Un comics ou la guerre était à l’honneur…

Miles Teves

La première fois que j’ai vu un dessin de Miles Teves c’était lors de la sortie de la deuxième édition du jeu de rôle “Skyrealms of Jorune”, au milieu des années 80′. A l’époque, j’avais 12 ans, je ne maîtrisais absolument pas l’anglais et c’est avec frustration que je retournais cette boîte épaisse dans tous les sens, subjugué par la beauté de sa couverture. Le style du dessin était étrange et paraissait plonger ses racines dans notre passé pictural. Je pensais vraiment être face à un tableau d’un maître flamand  du 15 ème siècle mais avec une sorte de décalage comme lorsque vous vous trouvez face à quelque chose que vous avez souvent observé mais qui pourtant “paraît différent”.

 Les dessins de Miles Teves illustraient parfaitement le monde de Jorune, cette planète composée d’un amas d’îles flottantes (les “Skyrealms”) et conquise par plusieurs vagues de colons extra-terrestres dont les derniers en date furent les Terriens. La particularité de cet univers est qu’il mettait en scène une pléthore de peuples et de créatures tous plus étranges les uns que les autres, dans un environnement totalement exotique: celui d’une planète qu’il reste à explorer et où tout est à découvrir, à commencer par les “Autres”. L’ambiance des dessins était composée par un mélange de Space Opéra matinée  de détails esthétiques faisant réference à l’Antiquité, et plus précisement aux récits bibliques.

  A part son travail remarquable sur “Jorune”,  cet artiste talentueux a effectué des créations considérables dans l’illustration, la sculpture et les effets spéciaux cinématographiques (on lui doit quelques visages de créatures célèbres, notamment celui de Greedo, le chasseur de prime occis par Han Solo dans “Star Wars”).

Le jeu “Skyrealms of Jorune” est aujourd’hui épuisé mais si il survit encore sur le Net, c’est certainement grâce au travail de Miles Teves qui avec son coup de pinceau lui aura  donné une âme des plus originale .

Steampunk

Le Steampunk est une blague littéraire inventé par 3 amis: James Blaylock, KW Jeter et Tim Powers, auteurs chacun d’un opus de science-fiction sensé illustré ce sous-genre.

En gros, le Steampunk est une uchronie, c’est à dire un passé alternatif qui nous présente une Angleterre Victorienne pour le moins décalée. Des avancées technologiques qui n’ont jamais eu lieu y côtoient des inventions étranges, des êtres fantastiques et de la sorcellerie. L’impact visuel certain auquel ces livres ont contribué nous ont donné plus tard un excellent manga comme Steamboy ou un film comme “The golden compass”, un fameux navet soi dit en passant.

L’époque Victorienne matinée de science-fiction et de magie, avec ses personnages autant illustres qu’imaginaires (comme Sherlock Holmes,  le docteur Jekyll et Mister Hyde, Frankenstein, le loup garou de Londres, ou Jack l’éventreur, bien réel celui là) et ses inventions improbables comme la machine à remonter le temps, est un terreau parfait pour exprimer les délires les plus extravagant et les histoires les plus fantaisistes.

Au début des années 80, Tim Powers publie ”Les voies d’Anubis” où un jeune californien va se retrouver projeté dans l’Angleterre Victorienne et devra échapper à un loup garou, à une secte d’adorateur d’Anubis,…et à des sauts temporels pour le moins gênants…

James Blaylock va publier en 1986 “Homunculus”, histoire saugrenue où il est question de Londres en 1870 et de l’Homoncule, cet être mystérieux ne dépassant pas 20 centimètres et dont tous les protagonistes chercheront à s’emparer. Les zombies et les savants fous seront de la partie…

 Quant à KW Jeter, il nous livre avec ses “Machines infernales” une course-poursuite sur les traces d’un horloger,  à Londres au 19ème siècle, dont la vie bascule dès le jour où un étrange automate entre en contact avec lui. Ce livre, à prendre au 33 ème degré, est tout de même nettement inférieur aux deux précédents. On notera toutefois que dès 1979, Jeter publia une suite de “La machine à remonter le temps” de Wells avec un roman intitulé “Morlock night”, jamais traduit en français à ce jour, et qui constitue la première tentative littéraire dans un univers Steampunk.

On retrouvera plus tard les deux papes du Cyberpunk, Bruce Sterling et William Gibson, qui donneront une pierre a l’ édifice Steampunk en publiant ensemble “La machine à différence”.

Ce concept s’est également décliné au travers de divers jeux de rôle, notamment “Space 1889″ qui n’a jamais eu le succès escompté ainsi que l’excellent “Château Falkenstein”.

Des éléments Steampunk se retrouvent bien évidemment dans toute une série d’oeuvres qui jamais n’ont utilisé cette étiquette. On peut penser au cycle de bandes dessinées “Les Cités Obscures” de Schuiten et Peeters, à la série “le réseau Bombyce” de Cecil et Corbeyran, ou encore à l’illustrateur et auteur de manga Tatsuyuki Tanaka et son projet Cannabis Work (voir illustration centrale).

L’ère Victorienne n’est qu’un exemple représentatif de ce courant littéraire car il existe bien d’autres univers qui sont passé à la moulinette du Steampunk. On pense par exemple à l’univers western “tuné” de  Wild wild west.

Bref, le Steampunk est aujourd’hui le concept qui reprend à son compte le mélange des époques. Il préfigure peut-être avec l’esthétique du passé ce que sera la mode de demain.