La Ville dans tous ses états
Les villes constituent un laboratoire aux possibilités quasi infinies pour observer les intéractions de nos contemporains et l’influence réciproque qu’ils exercent sur leur milieux. Dans cette perspective dynamique, la ville est constamment en devenir. Elle s’autogénère et se transforme au gré des migrations, de la technologie, des politiques d’urbanisme et de l’ingénierie sociale. Durant ces 100 dernières années, la manière de comprendre le phénomène urbain s’est considérablement enrichi d’une multitude de théories.
Aux alentours de 1920, des chercheurs de l‘université de Chicago se sont intéressés aux effets de la ville sur le comportement collectif. Ils conceptualisèrent la ville comme une mosaïque de micro-sociétés en perpétuel ajustement. L’écologie humaine était née. Pour la première fois, la ville est percue comme un organisme dont la dynamique est déterminée par des êtres vivants en compétition pour un territoire. Cette nouvelle grille d’analyse pour comprendre la ville fit de nombreux émules et conditionna fortement la direction des recherches ultérieures.
En 1946, l’architecte Constantinos Doxadis alla encoré plus loin dans cette voie. En effet, pour parvenir à une visión hollistique du phénomène urbain, il pensa qu’il fallait désormais croiser le savoir du géographe, du sociologue, de l’urbaniste, de l’architecte, du mathématicien et même du politologue et tenter d’en dégager une science qu’il définit par le terme “ékistique”. L’ékistique serait la “ science ayant pour objet l’étude des phénomènes qui conditionnent les diverses formes d’établissements humains”(Doxadis.1946).
Dans les années 50, Guy Debord invente la psychogéographie et adopte une approche plus poétique du phénomene urbain. Son essais “Introduction à une critique de la géographie urbaine” envisage la ville comme un espace affectif. La psychogéographie est “l’étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. (Debord.1955). Cette nouvelle pensée mis en évidence qu’un quartier n’est pas seulement un espace géographique physique et économique. Il est également déterminé par la représentation qu’en ont ses habitants ainsi que ceux des autres quartiers. Pour permettre d’intégrer ces données affectives à la compréhension de la ville, il propose de dériver sans but au travers de l’espace urbain. Cette idée va être reprise par Francesco Carreri et son “Observatoire nomade”. Celui-ci utilisa la technique de la dérive spécifiquement dans les espaces marginaux tels que bidonville, décharges publiques, chancres urbains, pour améliorer la compréhension du caractère fluctuant des villes et s’imprégner des différentes ambiances qu’elles recèlent.
Revenons à présent sur un terrain plus pragmatique et voyons ce que nous disent les scientifiques de la question urbaine.
Jacques Levy, spécialiste de géographie politique, nous montre que les grandes villes du mondes entiers sont concues selon 2 modèles: Celui d’Amsterdam et celui de Johannesbourg. “Dans le modèle d’Amsterdam, la ville tend à maximiser l’avantage de concentration, c’est-à-dire de coprésence et d’interaction du plus grand nombres d’opérateurs sociaux. Seul l’individu possède, par le logement, une intimité, c’est-à-dire un droit à l’écart. Au contraire, dans le modèle de Johannesburg, la séparation sous toutes ses formes structure l’espace urbain, qui, à bien des égard, n’est qu’une mosaïque de quartiers fonctionnellement et sociologiquement (y compris ethniquement) homogènes et partiellement enclavés”. (Levy.1997).
Grosso modo, les villes européennes et asiatiques seraient plutôt concues selon le modèle d’Amsterdam alors que les villes du continent américain suivraient plutot le modèle de Johannesbourg. Ce dernier illustre l’idéologie ultalibérale qui marque la fin de la ville comme espace public et l’avènement des quartiers autonomes placés sous hautes surveillance.
Cette dérive a été analysée par des auteurs de science fiction sous le terme d’arcologie. En effet, la notion d’arcologie, inventée par l’architecte Paolo Soleri, est une tentative d’allier écologie et architecture en introduisant des bâtiments entièrement autonomes tant au niveau des services qu’ils offrent (supermarchés, salons de coiffure, restaurants, écoles, centres de loisir, etc.) qu’au niveau de l’énergie (production d’électricité, recyclage de l’eau et des déchets, etc.). Les arcologies standardisent les fonctions de la ville en réduisant le citadin à un consommateur alliéné dont tous les besoins sont pris en charge. Les gigantesques supermarchés sur tout le continent américain nous donne un apercu actuel de ce que la ville de demain, sous le verni écologique, pourait devenir.
Une arcologie célèbre est celle mise en scène dans le roman “High Rise” de James Ballard. On y assiste à la décadence des riches habitants d’une tour autonome devenant bien vite le théâtre d’une confrontation très violente.
Une autre arcologie est celle racontée dans “The world inside” de Robert Silverberg. 75 milliards d’êtres humains vivent dans des conurbations construites en hauteur. Les tabous ont disparu, les besoins vitaux sont satisfait et pourtant l’humanité semble perdre pied dans ce type d’architecture insidieusement dictatoriale.
On le constate aisément, la ville et son organisation influence potentiellement nos modes de vie. L’évolution du phénomène urbain tend actuellement vers l’ “oecumenopolis”, c’est à dire une ville-monde qui s’étendrait comme un ruban dessinant les contours d’un “archipel mégalopolitain mondial”. Quelles en seront les conséquences? Dans l’allemagne du moyen-age, on disait “Stadt luft macht frei”, “l’air de la ville rend libre”. Il reste à voir si c’est toujours vrai aujourd’hui…
Santa Fe de Bogotá
Bogotá est une ville de contraste, ville où les humeurs suivent le cours d’un pendule, variant d’ une extrémité à l’autre sans jamais permettre la demi-mesure. Bogotá est telle une entité qu‘il nous faut dompter absolument et pourtant qui jamais ne s’ inclinera. Sans parler d’autopsie, voici l’ auscultation de surface de cette bête fascinante.
C’est avec la précision d’un métronome que la pluie s’est abattue sur Bogotá à 12h30, comme chaque jour de ce mois de décembre. Dans les mini bus, les “collectivos”, la traversée de la ville relève du parcours du combattant.
Les protagonistes de ces rues surpeuplées sont invariablement les taxis fous furieux, les “salary men” en chemises amidonées, les colonnies d’étudiants se déversant par les rues latérales et les vendeurs ambulants. Ca et là se tient gauchement un “recycladore”, vagabond en guenilles qui arpente la mégapole à l’affut d’un trésor caché. Tout ce beau monde évolue au milieu de vigiles armés arborant les mots d’ordre de la ville: “Bogotá positiva”.
Les restaurants de poulet défilent le long des rues et constituent le paysage numéro 1 de la ville. A Bogotá, le poulet est roi: Ici le “Pollo Brujo”, là le “Kikirikiki” ou encore “Pepe Pollo”, “Don Kiko”, “Pollo broaster doralito”, “Riko riko”… C’est à se demander comment ces commerces survivent à tant de concurence. Il faut dire que le colombien moyen a très bon appétit.
Nous dépassons la Calle 72 et ses tours éffilées vers le ciel. La fine cuisine péruvienne côtoie les brasseries luxueuses où l’on déguste des bières belges ou allemandes. Les téléphones portables sont à la pointe de la modernité et la 4×4 a remplacé la renault 4 des quartiers populaires. Surplombant cet ilôt prospère, le centre commercial “Avenida Chile” défie les passants tel un temple brillant dédié à la consommation.
Nous pénétrons dans Chapinero. Le décor se dégrade peu à peu. Les grafitis s’étalent sur les façades comme d’indignes estafilades. Des maisons semblent condamnées. L’atmosphère ouateuse des grands restaurants de la Calle 72 est bien loin derrière nous. Dans ce quartier au coin de la Carrera 11, à l’ombre de la magnifique église de Lourdes, les “buñuelos” et les ”empanadas” se vendent comme des petits pains.
En sortant du “collectivo” la nappe sonore omniprésente qui nous assaille est digne d’une performance bruitiste. Elle assène ses coups de butoirs à la multitude : Vente a la criée de quelques minutes d’appel pour les cellulaires, notes de piano salsa s’échappant d’une “cafetería”, discours d’un prêtre déformé par le larsen de son micro. Tout semble concourir ici a déstabiliser la concentration.
Nous sommes à présent à l’orée du quartier de Santa Fe. La plupart des “bogotanos” le qualifie de mal famé, glauque et sordide. Des prostituées dont le sexe est parfois difficile à deviner s’esclaffent en imitant un défile de hautes coutures. Derriere elle, un immeuble borgne à la propreté douteuse invite les passants à la débauche. Il s agit de “La Piscina”, haut lieu du commerce sexuel et parait-il quartier géneral de bon nombre de taximen. Les ruelles alentours ne semblent pas avoir souvent la visite de la voirie. Des détritus les jonchent et des vagabonds les hantent. Et pourtant, dans ce quartier à première vue désolant qui porte le nom de la ville, nous voyons palpiter en surface un coeur bouillonant d’activité dont le ventre recèle sans nul doute des histoires fascinantes pour qui veut bien, avec prudence et circonspection, s’y engouffrer. Pour cette fois, nous n’irons pas plus loin dans cette direction.
Cette ville pourrait décidemment être le théâtre d’une nouvelle de James Graham Ballard, l’exubérance en plus. Elle a cette particularité de susciter tant une admiration sans borne qu’un insondable découragement. Pour intégrer ce maelstrom urbain aux allures de chantier permanent il semble qu’ il n’ y ait qu’une seule règle: Se laisser porter par son mouvement, par son rythme propre. .. ou trouver refuge dans une des nombreuses et gargantuesques galleries commercantes qui jalonnent la ville. Cette dernière alternative signifie que la partie est d’ores et déjà perdue. Bogota 1, touriste 0.
Sur l’avenida Caracas on distingue tout près les montagnes qui érigent leurs crêtes au nord et à l’est de la ville et qui deviennent bien vite, aux yeux du marcheur étranger, des points de repères indispensables, boussole naturelle dont les ombres s’étendent sur les quartier d’Usaquén, d’Egipto, de la Candellaria et de bien d’autres encore.
Bogota est avant tout un conglomérat de quartiers accolés qui se chevauchent, se penêtrent ou au contraire se toisent sans se mélanger. Ce sont les pièces d’une maquette gigantesque balafrée par des autouroutes et des ponts d acier et traversée par une fleuve putride . Un labyrinthe qui s autogénere et se recompose au fil des jours.
A la tombée de a nuit, sur une place du quartier de Chapinero bardée du portrait d’un Gustavo Petro aux yeux fatigués, des centaines d’adolescents androgynes se rassemblent munis de leur skateboard ou de leur velo bicross. Quelques “cuadras” plus loin, aux abord de la 57 ème rue, ce sont les jeunes supporters des “Milionarios” une des 2 équipes locales de football, qui arborent en cette nuit sans lune leurs couleurs bleues et blanches sous le regard sévères de policiers guère plus âgés. Aux alentours, on entend s’abattre les lourds volets métalliques barrant l’entrée des édifices.
Postée sur la devanture d’un restaurant, une troupe de musicien en uniformes de marin attend la jeune fille qui accomplis aujourd’hui ses 15 ans. On célêbre son passage vers l’âge adulte au son du clairon et de la trompette. Plus loin, à proximité du club “Boogaloop” d’où s’échappent des rythmes de “Cumbia Electropical”, les unfiformes blancs des marins sont remplacés par les brillants atours des “Mariachis”. Entre deux exhalaisons d’alcool et de nombreuses descentes de police, ils loueront leur talent de musicien aux amoureux attablés. “Colombia es passion” n’est ce pas? Comme le martelle d’ailleurs sans cesse le ministère du tourisme.
L air est à la fête. On tente d’oublier la défaite de l’équipe du Santa fe qui a été à deux doigts de la finale nationale de football. De plus, la Novena vient de débuter. Ces neufs jours dédiés à la Vierge Marie se traduisent par des rassemblements où les notes d’accordéon et les rythmes de “Reggaeton” se mêlent aux “Vallenato” et aux tintement des verres d’aguardiente. Durant toute la journeée, les messages de prévention contre l’usage de la poudre par les enfants ont été inlassablement répétés à la radio. Heureusement pour eux, les feux d’artifice, aux mains des professionnels, illumineront une bonne partie de la nuit.
En regagnant notre quartier de Bochicca, à la péripherie ouest de Bogotá, on sait que la nuit sera longue. Des voisins ont sorti leur pick up, la musique de Noel est poussée à un volume extrême, les enfants hurlent, les voitures klaxonnent. Il n y a pas de répit. Comme dernière preuve du caractere agité de Bogotá, nous apprenons que durant la nuit, la police a interrompu un “pique de carros”, une course clandestine qui aurait selon la presse rassemblée près de 200 voitures en plein coeur de la ville.
Avant de sombrer dans le sommeil, les derniers bruits qui nous parviennent sont ceux des “zoreros”, des charretiers, chargés de bric et de broc, qui arpentent la ville avec comme seul compagnon leur cheval famélique. Pour eux aussi il est temps de dormir.
De toutes ces péripéties, je ne retiendrai que ceci: “Colombia, el unico riesgo es que te quieras quedar”.
Steven Spielberg présente: Sans peur et sans papier !!!
La problématique des sans-papiers et le lot de tragédies qu’elle charrie sur son sillon n’a malheureusement pas fini de défrayer l’actualité. Ces migrants, tout à tour présentés comme profiteurs de l’Etat-Providence, avant-garde d’une hypothétique invasion ou encore prêcheurs de valeurs anti-occidentales, jouissent rarement d’une image très positive aux yeux de la population. Les avis des lecteurs sur les sites des journaux comme « Le Soir », « La Libre » ou encore « Le Figaro », nous fournissent de la matière brute en terme de commentaires, tous plus odieux les uns que les autres, sur les migrants.
Puisque les documentaires et témoignages ne semblent pas suffire à convaincre nos concitoyens de la situation absolument dramatique que vivent ces familles de migrants, il serait peut-être de bon ton de passer au niveau supérieur et de prendre exemple sur une manière de convaincre qui a fait ses preuves: J’ai nommé la fiction télévisée.
Depuis plus de 60 ans, les Etats-Unis nous ont littéralement bombardé de films et de séries télévisées qui, qu’on le veuille ou non, ont contribué à forger notre perception de la réalité. Le flic, le bandit, le soldat, le détective privé, l’aventurier, le jeune cadre dynamique, la riche femme au foyer, le politicien véreux…bref, tous ont participé à l’élaboration d’un univers conservateur matinée de moralisme bien pensant faisant pourtant bien souvent l’apologie de l’apolitisme, de l’individualisme et bien entendu de la violence présentée sous des atours moralement acceptables.
Bref, il ne s’agit pas ici de faire le procès du contenu de ces films et de l’acharnement des Etats-Unis à les utiliser comme fer de lance d’ une invasion culturelle jamais égalée depuis les Empires de l’Antiquité.
Non, mon propos ici est de souligner le caractère brillant et efficace de cette « douce propagande »: En effet, ça marche! On en vient à aimer les flics qui tabassent les coupables, la haine du politicien est bien entretenue et au final, on parvient même à justifier l’invasion en Irak et en Afghanistan. Tous conviendront que Batman est sans-doute le fasciste le plus aimé de la terre. Moralement, le constat est triste. Niveau manipulation, on atteint des sommets.
On comprend mieux ce qu’il faudrait mettre en place pour enfin rendre à ces populations migrantes le respect qu’elle mérite et, pour se faire, quoi de mieux que de les mettre en scène dans le cadre…d’une série TV!!!
Un exemple de scénario: Mamadou Diallo (intérprété par Wesley Snipes par exemple), jeune vendeur de légumes et père de famille en Côte d’Ivoire, fuit les milices de Laurent Gbagbo. Course poursuite à Abidjan, bagarre dans un marché, Mamadou se prend un mauvais coup et hop, le voilà dans les géôles d’une prison de la capitale. Entassée à 200 dans 80 m2, le premier épisode montrerait l’horreur absolue de la captivité. Pendant ce temps, sa dulcinée (interprétée par… disons Halle Berry) se fait enlever par un Haut-Fonctionnaire du clan Gbagbo qui, éperdument amoureux d’elle, décide de l’emmener, devinez où, en…EUROPE. Mamadou décide de partir à sa recherche. Ici commence l’épopée du migrant.
Tatatathein!!! Fin du premier épisode.
La durée de vie de ce genre de série est digne des « tele novellas » sud américaine. Il faudra compter au minimum 7 saisons de 10 épisodes avant que Mamadou ne retrouve sa dulcinée. Une saison pour s’évader de prison et rejoindre l’Algérie. Comptez une saison supplémentaire pour voir comment il fait pour se débarrasser des gardes frontières Algériens, réputés pour leur manière expéditive en matière de « régulation » des migrations.
Heureusement, il trouve en la personne du vieux Muhammar (le come back d’Omar Sharif) un fidèle allié, exilé comme lui.
Muhammar finira par mourir sous les coups des militaires marocains, lors de la traversée de l’erg Chebi. Dans son dernier soupir il fait jurer à Mamadou de retrouver son fils Yousef, qui était aux dernières nouvelles à Tanger.
Une saison entière à Tanger donc, pour retrouver le fils en question et, par la même occasion, des passeurs pour l’Europe. Mamadou se met à dealer du shit pour survivre, il se fait pote avec Steve, un touriste Australien défoncé (interprété par Orlando Bloom) qui l’aide à passer en Espagne.
Bref, on en arrive à la quatrième saison: Cap sur Gibraltar! (Saison censurée à Malte).
Mamadou est en pleine mer avec Yousef, le fils de Muhammar, dans les cales d’un cargo en compagnie de 63 autres clandestins, venus des 4 coins du Maghreb et de l’Afrique australe. Le passeur, une crapule anglaise du nom de Johnny Blueye (Kevin Bacon) décide de les larguer dans une barque de 6 m de long. Ricanement sardonique, gros plan sur le sourire cruel du « méchant ». Le cargo s’éloigne. La saison se poursuit dans un huis-clos maritime (moyens de production: 650 millions de dollars).
Arrivés en Espagne, Mamadou, Yousef et une femme voilée du nom de Souad (Beyoncé dans son meilleur rôle) sont les seuls survivants de l’équipage.
Cinqième saison: Viva Espana!
A peine arrivé sur le sol de la péninsule ibérique, Yousouf est victime d’un pogrom anti-arabe à Almeria. Il rend l’âme en baisant le sol européen, enfin sa terre d’accueil. Du côté de Mamadou, c’est nettement moins romantique: Il finit dans la plantation d’orange du senor Garcia (Denis Hopper), un entrepreneur cruel et corrompu en accointance avec la Guardia Civil. Mamadou s’évade jusqu’à Grenade où Garcia le retrouve. Combat épique dans l’Alhambra où Garcia finit par rendre l’âme. Dans les poches de son ancien tortionnaire, une photo: La femme de Mamadou en compagnie de Garcia, du haut-Fonctionnaire africain et d’un troisième homme bouffi, les cheveux plaqués sur le front. En arrière plan, un curieux monument: 9 boules d’acier reliées entre elle par des tubes. Un indice, enfin!
A ce stade Wesley Snipes demande une augmentation: Le soleil, la poussière et les insultes des espagnols sur le tournage commence à le lourder sérieux. Pour virer Beyoncé de la série (elle aussi demandait une augmentation mais au final, à part les scènes de nus, elle joue vraiment trop mal) on décide que le personnage de Souad, la femme voilée, se mariera avec l’avocat espagnol (Javier Bardein) qui s’est occupé de son dossier. S’en suivra un documentaire intitulé « Behind Beyoncé » et retraçant la joute judiciaire qui l’opposera à Steven Spielberg.
Bref, l’avocat parvient à fournir à Mamadou un permis de séjour temporaire. Il lui indique aussi que l’ étrange bâtiment de la photo se trouve à Bruxelles, CAPITALE de l’EUROPE!!!
Il rejoint Madrid, fait la fête pendant 2 épisodes avec les indignés de la Plazza del Sol (Mamadou n’a pas un balle. Avec les indignés, il bouffe gratos). Il couche avec 2 nanas militantes pour le droit des sans-papier ( Pénélope Cruz et Cécile de France). Scènes de romance. « ma femme m’attend », « oui, je comprend », « je ne t’oublierai jamais », etc, etc.
La sixième saison pourrait être le théâtre de bien des évènements: 6 mois plus tard. Mamadou est aux prises avec l’administration belge. Exploité dans le secteur du bâtiment, dénoncé aux autorités quand il voulu se syndiquer, Mamadou finit au 127 bis. C’est Denzel Washington qui reprend le rôle de Mamadou. (un problème de cocaïne a laissé Wesley sur le carreau à Orly. On enchaîne, donc).
Cette saison se termine sur un clifhanger total: Attention spoiler: ce qui vous allez lire pourrait dévoiler des éléments de l’intrigue:
Mamadou est devenu un sans-abris. Devant la vitrine d’un magasin Vandenborre, il voit sur l’écran d’un téléviseur la retransmission d’une réception au palais royal de Laeken. Soudain apparaît aux côtés du souverain l’homme bouffi aux cheveux plaqué de la photo: un certain Victor Hedgman (interprété par Bart de Wever dont le cuisant échec aux négociations politiques lui ont donné un nouveau souffle à sa carrière: Il excelle désormais dans les rôles de politiciens véreux). Mamadou le sait, son père lui a raconté maintes histoires à ce sujet: Victor Hedgman est aussi l’officier de la CIA qui a donné l’ordre d’exécuter Patrice Lumumba! A ses côtés une splendide jeune femme africaine qui semble hébétée, comme droguée: C’est la femme de Mamadou. Quel rapport entre ce sinistre homme et sa dulcinée? (entre temps, Halle Berry a pris un coup de vieux: En 7 ans, c’est la deuxième scène qu’elle tourne pour la série).
Mamadou doit agir. Il se rend au SAMU social et réunit une équipe de marginaux: Grégor, un polonaiss de la rue Haute, Abdel, un saoûlard qui sévit gare du midi, Banane, un vieux punk bruxellois et Chantal, l’ex- tenancière du café des Capucins dans les Marolles (qui a sans doute dû faire faillite suite à l’interdiction de fumer dans les bistrots). A ce stade, la série change de nom et devient « Five Club: A subterranean story », résolument tourné vers l’action dans les bas-fonds bruxellois.
To be continued…
Au delà de la plaisanterie, de l’ironie et des nombreux stéréotypes utilisés pour cet article, je voulais juste sensibiliser sur le fait qu’il serait temps que le cinéma s’intéresse de plus près aux aventures périlleuses que vivent chaque jours ces « clandestins ». C’est peut-être aujourd’hui le seul moyen de convaincre efficacement nos concitoyens de l’hospitalité que nous devrions offrir à ces courageux voyageurs.
Zombie!
Apparus sur les écrans vers la fin des années 60’, les morts-vivants, zombies et autres goules nécrophages n’ont cessé de susciter une certaine fascination mêlée d’effroi. On ne peut désormais plus faire l’impasse sur ce phénomène : Oui, les Zombies sont parmi nous ! 
Qu’il s’agisse d’un film proposant une énième déclinaison du thème du retour des défunts (rarement sous leurs meilleurs atours), d’un jeu vidéo où la joie des petits et grands consistera à dégommer un maximum de ces créatures (avec bien sûr grand renfort de membres tranchés et de crâne fracassés) ou encore d’un obscur fanzine « Underground » qui se devra d’afficher au moins quelques têtes de morts et autres tibias croisés pour afficher sans ambiguïté son affiliation au camp des contestataires (le crâne et sa suite d’ossements ne sont il pas le symbole de l’Underground, quel que soit son domaine d’expression ?), le thème du Zombie a fait son chemin et est toujours d’actualité.
Underground ? Littéralement « Sous la terre »? Tiens, tiens. Voilà un rapprochement sémantique évident qui me saute aux yeux alors que j’écris ces lignes. Creusons encore un peu, si je puis dire, et revenons à nos chères (chair ?) et tendres goules.
Le terme Zombie, pour les profanes, est originaire d’Haïti. Il est largement associé au Vaudou et à l’histoire particulière de cette île des Caraïbes. En effet, Haïti est non seulement la première nation noire à avoir obtenu l’indépendance mais également la première à avoir officiellement aboli l’esclavage. On comprend aisément que la figure symbolique de « l’esclave » est intrinsèquement liée à la culture haitienne ; il n’est donc pas étonnant de la retrouver dans un de ses principaux cultes sous la forme du « zombie »ou « zombi ».
Dans les traditions haïtiennes, le zombi est une personne qui a été ensorcelée par un Hougan , c’est-à-dire un prêtre Vaudou. L’ensorcellement consiste à administrer à la victime une drogue composée de tetrodotoxine, un puissant poison qui ralenti les fonctions vitales au point de faire passer un individu pour mort. Un fois la personne inhumée, le Hougan n’a plus qu’à déterrer sa victime et lui administrer un autre poison qui va le priver de sa volonté. (NDLA : Tant que le doute persiste, on comprend mieux pourquoi peu de personnes se font incinérer à Haïti).
A ce sujet, nous disposons même du témoignage de Clairvius Narcisse, qui dit avoir été un zombi durant 2 années.
On l’aura compris, vrai ou faux, le Zombie n’est autre que la transfiguration de l’esclave dans sa version la plus extrême : Un être humain dénuée de toute volonté propre et soumis au bon vouloir de son « Maître ». Mis à part les tragédies qui secouent hélas périodiquement cet état insulaire, la terreur ultime de l’inconscient collectif Haïtien est sans aucun doute ce retour à l’esclavage, cette « Zombification ».
Voilà pour la petite histoire. Passons à présent de Haïti à Hollywood. Nous sommes en 1978 et Georges A. Romero nous livre un film désormais culte : « Dawn of the dead », traduit en français par « Zombie » (oh, surprise !)
Au-delà de l’aspect sanguinolent et terrifiant, du moins pour l’époque, de ce long métrage au scénario archi-basique
(les morts reviennent, ils ne sont pas très content et étrangement ils sont devenus cannibales !), le film aura pu distiller un message contestataire par une scène désormais célèbre, celle où les mort-vivant envahissent un supermarché et où mû par un réflexe limbique, ils empoignent des cadis et déambulent au hasard des rayons. « Les Zombies sont parmi nous » devient ici «nous sommes tous des Zombies », sans volonté propre, machine à consommer, bref, digne fils d’une société post-industrielle en pleine décadence peuplée par une majorité de morts en sursis (les consommateurs aveugles) et une minorité de vrai êtres humains (les artistes ? les dévots ? Les patriotes ? Cela n’est pas précisé dans le film).
Je vous épargne la longue litanie qui consisterait à énumérer les films du genre : Ils sont légions. Aux Etats-Unis, le Zombie Day a même été instauré. Depuis 2005, des rassemblements de gugusses peinturlurés en mort-vivant envahissent le centre ville. Fascination morbide ? Performance ? Critique acerbe à peine voilée de notre société ? A chacun de voir. En attendant, si vous voulez casser du Zombie, rendez vous chez Hell’s pizza, une video interactive vous attends….
All tomorow’s parties
William Gibson nous livre avec “All tomorow’s parties” un livre déplorable tant sur le fond que sur la forme. Le cyberpape aurait il perdu pied ? Rassurez vous, le livre date de 1999, et depuis lors William « Neuromancien » Gibson a pu corriger la trajectoire.
La trame de l’histoire laissait pourtant présager un opus exceptionnel.
Voyez plutôt : Laney, un des personnages centraux, est capable grâce à une drogue nommée 5-SB de « sentir » le flux des données qui transitent par internet, c’est-à-dire TOUTES LES DONNEES qui sont échangées chaque seconde sur l’ensemble du globe. Un accès direct à la « Noosphère » comme dirait le Flagelleurmental.
Si l’on imagine ce flux d’informations de manière visuelle, on peut y voir des pics de circulation, des mouvements d’accélération, des arrêts, bref c’est comme si on regardait de très haut le flux de voitures sur les autoroutes (belges bien sûr, car contrairement à ce roman, elles sont éclairées !)
Et après me direz vous ? Et bien selon la forme, la disposition, bref la configuration de ce flux, notre ami Laney va distinguer les « points nodaux »(dans l’image d’un embouteillage, ça serait les lieux de graves accidents qui modifieraient toute la circulation).
Tout ça lui permet, on s’en doutait un peu, de prévoir l’avenir. (Explications : la fumée= feu, les accidents de voiture=embouteillage, les points nodaux=bouleversement à l’échelle mondiale).
Du cyberpunk messianique pur jus. Jusque là, on adore, on adhère et on en redemande. Rien à dire par rapport à la théorie qu’il esquisse. Les critiques ciblent ici la narration et les personnages: L’une est primaire, les autres sonnent creux.
Gibson essaie de décrire les états d’âme de Chevette la jeune ado, de nous faire partager les frustrations d’un ex-flic, de nous attendrir avec un gosse muet et de nous embobiner avec sa pseudo-sociologie de la culture intersticielle (NDLR : les squatteurs, punks, rasta et autres représentant de l’underground vivant dans les interstices du système). En vain. On y croit pas une seconde. L’impression de série B plane tout le long de ce roman qui est tout sauf convaincant. Du réchauffé. De la psychologie de bas étage.
Si Gibson peut parfois faire preuve d’un esprit visionnaire dans ses théories, il ferait mieux toutefois de les faire écrire par un vrai romancier. Entre avoir du génie et pouvoir le faire partager, il y a un pas que CyberWilly n’a pas encore franchi.
L’image en haut à droite provient de kev1987.deviantart.com/
Le syndrome du No Man’s Land.
Les récits d’anticipation mettant en scène un futur apocalyptique font partie depuis bien longtemps de notre paysage audiovisuel et littéraire. Je ne saurais dire d’où vient cette obsession, toutefois on peut situer sans trop de peine la période ou ce genre prit son essor.
Entre 1957 et 1959, l’argentin Héctor Oesterheld publie “L’Eternauta”, une bande dessinée dont le récit raconte l’anéantissement de la majeure partie de la population suite à la chute d’une neige mystérieuse et mortelle. Cette “arme ultime”, utilisée dans cette histoire par des extra-terrestres, symbolise bien les peurs d’une époque hantée par les hécatombes d’ Hiroshima et de Nagasaki.
Dès 1967, un certain Don Stephens popularisa l’idée qu’il fallait se préparer à une inéluctable fin du monde. Il deviendra le père de ceux qu’on appelle encore aujourd’hui les « survivalistes », c’est à dire ces communautés qui se préparent tant psychologiquement que matériellement à une catastrophe qui causerait la fin de la civilisation.
Laissant derrière elle la fausse insouciance des sixties, les populations des pays industrialisés, sur fond de crise pétrolière, voyaient sur leurs écrans de télévisions des images inquiétantes: Coups d’état militaires, violences, famines, pollution, guerres, drogues, surpopulation, tout semblait concourir vers une catastrophe. L’ombre d’une troisième guerre mondiale planait au dessus des têtes.
A l’époque, les téléviseurs montraient pour la première fois des images de japonais circulant masqué à Tokyo pour contrer les effets de la pollution. De nouvelles religions, qu’on qualifiera plus tard de « New Age », firent leur apparition, avec pour certaines un contenu carrément millénariste. La révolution sexuelle qui secoua les Etats-Unis et l’Europe occidentale ébranla durement l’organisation patriarcale de la société. Elle fut également interprétée, notamment par les courant les plus puritains, comme les prémisses d’une catastrophe imminente si l’ancien ordre moral n’était pas rétablis. Du côté des images, la statue de la liberté enfouie dans le sable que l’on aperçoit dans la scène finale du film « La planète des singes » tournés en 1968 est un exemple frappant de cette perte de confiance dans l’avenir. Et elle sera suivie par beaucoup d’autres du même acabit.
Ainsi, la production artistiques des années 70 va continuer de refléter ces préocuppations de type « apocalyptique ». Des films comme « Orange Mécanique », « Soleil Vert », « THX 1138 »ou encore « Logan’s Run » se font l’écho de cette paranoïa. On parle beaucoup de radioactivité , d’abris anti-atomiques et de bombes à neutrons. Les termes font peur et les médias en abuse. Les romans d’anticipations ne sont pas en reste avec notamment des auteurs comme John Brunner, Philip K. Dick et J.G. Ballard. Tous cultivent une représentation “claustrophobique” et angoissante d’une humanité qui perd le contrôle de ses créations. Le slogan « No Future » lancé en 1976 par Johnny Rotten est une bonne synthèse du climat qui règne alors.
Côté jeunesse, la production n’est pas en reste: L’industrie du Comics Book aux Etats-Unis et en Angleterre cultive la tendance « post-apocalyptique ». Les productions de Jack Kirby comme « Kamandi, le dernier Homme de la Terre » ou celles de Brian Bolland avec son « Judge Dredd » confirme cette crainte: L’avenir sera encore plus sombre. Si les Etats-Unis montre une image des plus fataliste, emprunte
d’un sentiment religieux, les auteurs français quant à eux développent une vision plus politique et contestataire. En France, c’est le magazine « Métal Hurlant » et les bandes dessinées de Caza et de Druillet qui marquent cette tendance sombre.
Au « Flower Power » succède donc un sentiment de crainte. Les espoirs sont déçus. Et ça se ressent dans toutes les expressions populaires de l’époque. En la matière, les années 70 se concluent d’ailleurs par « Mad Max », un film qui, malgré la pauvreté du scénario, a le mérite d’avoir donné une image qui synthétise bien les peurs d’une époque et qu’on pourrait définir par “Syndrome du No Man’s Land”.
“L’enfer, c’est les autres” nous disait Sartre. Pourtant, c’est bien leur absence qui nous terrifie le plus.
Philosophie, physique et science-fiction.
Contrairement aux récits d’anticipation plus anciens qui privilégiaient des histoires situées dans des époques futuristes trés lointaines, le genre “Cyberpunk” a considérablement rapproché de notre époque le théâtre de ses récits. Cette anticipation, plus réaliste diront certains, s’est ingéniée à extrapoler les conséquences directes des innovations technologiques, de l’urbanisation, de l’émergence des sous-cultures et dans un certain sens, de la globalisation. On se souvient du “Neuromancien” de William Gibson, qui nous présentait un monde tellement proche du nôtre, avec toutefois la particularité de permettre grâce aux progrès de l’informatique le voyage virtuel, métaphore de cette globalisation quasi systématique où les technologies marquent de leurs empreintes la manière même de concevoir le monde.
Nous étions alors en 1984. Internet n’était encore qu’un outil assez confidentiel à l’usage des militaires mais dans l’esprit de Gibson, le changement de paradigme que cette invention allait provoquer était déjà limpide: Le flux de l”information devenait en soi la nouvelle déité. Comme le sugéraient déjà les Taoïstes il y a 3000 ans, l’intéraction entre les hommes est, dans une perspective ontologique, plus importante que les hommes en tant qu’individus.
A l’aube des années 70′, Paul Watzalwick dans sa “Logique de la communication” déclarait que pour comprendre la communication, ce n’était pas tant le signe qu’il fallait étudier, c’est à dire le contenu de la communication, mais bien la relation entre l’émetteur et le récepteur, c’est à dire leur interaction. Là serait une des clés nous permettant une meilleure compréhension humaine. Selon ce schéma, l’homme en tant qu’individu n’existe pas en tant que tel. Il ne serait que le produit de ses interactions.
Si nous franchissons un pas de plus, nous pourrions dire que ce n’est pas l’homme qui crée la culture mais la culture qui crée l’homme. En effet, étant donné que le seul moyen que celui-ci possède pour évoluer est l’imitation, c’est à dire le fait de s’approprier ce qu’on appelle les Mèmes, alors le flux d’information disponible est le seul garant de cette évolution. L’invention n’existe pas. La spontanéité non-plus. Une science s’est même créée dès le début des années 80. Il s’agit de la mémétique. Sur Wikipédia nous pouvons lire à son sujet: ” Si la génétique se base sur le concept de gène, pour étudier la nature, la mémétique se base sur le concept de mème, pour étudier la culture. Le mème peut se définir comme un élément d’une culture pouvant être considéré comme transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation“. Les neurosciences, avec les découvertes des neurones-miroirs, ces cellules actives dans l’apprentisage de certains processus cognitifs liée à l’empathie, vont encore plus loin. Selon certaines théories, notamment celles de René Girard et Jean-Pierre Dupuy, le désir par exemple ne serait que le produit de l’imitation du désir observé chez l’autre. Un autre renversement de perspective plutôt audacieux.
Que dire alors de la physique quantique qui nous apprend elle-aussi, comme le disait le physicien américain Fritjof Capra que: “L’Univers apparaît [...] comme une trame d’événements interconnectés; aucune des propriétés d’une partie de la trame n’est fondamentale : elles sont toutes générées par les propriétés des autres parties. Enfin, ce sont les interrelations des parties qui déterminent la structure de la trame entière“.
Où tout cela nous mènera, je ne saurais le dire. Toutefois ce qui est sûr, c’est que pour les amateurs de sciences-fiction s’ouvre tout un pan inexploré propice à l’anticipation la plus folle.







